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LE PETROLE TCHADIEN ET SON EXPLOITATION
NOUS TRAITONS ICI TOUS LES SUJETS CONSERNANT LE DOSSIER "PETROLE TCHADIEN". NOUS PRESENTONS EGALEMENT LES POINTS DE VUE D'AUTRES PERSONNES SUR CE DOSSIER. L'oléoduc Tchad-Cameroun : une chance pour l'Afrique, par Michel Rocard


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**** Voici le point de vue de monsieur Rocard, ancien Premier Ministre Français, sur le dossier PETROLE TCHADIEN.


L'oléoduc Tchad-Cameroun : une chance pour l'Afrique, par Michel Rocard


DEPUIS quelques semaines, des images désolantes, horrifiantes parfois, nous proviennent d'Afrique : Ethiopie, Erythrée, Sierra Leone, Zimbabwe. Pourtant, ce continent connaît aussi des changements sur lesquels les gros titres de la presse européenne ne s'attardent guère. Les conflits sont encore chose trop courante dans une grande partie de l'Afrique ; pourtant, 80 % des Africains vivent en paix. La moitié vit aussi dans une pauvreté extrême.

Il est généralement admis que le rythme atteint par la croissance économique au cours des cinq dernières années (environ 4 % par an en moyenne par pays) s'essouffle à suivre le taux de croissance démographique, et qu'il est bien insuffisant pour avoir un effet sur le niveau de vie. Cette croissance doit être fortement accélérée, par l'adoption de bonnes politiques, par le développement des échanges et, surtout, par les investissements.

L'assistance ne résoudra pas les problèmes de l'Afrique, encore qu'une aide bien ciblée puisse renforcer les institutions, les compétences et la confiance dont les pays ont besoin pour améliorer les conditions de vie de la population et pour devenir des membres à part entière de la communauté internationale.

Le financement nécessaire au développement du continent viendra en majeure partie du secteur privé : des agriculteurs et des chefs d'entreprise africains, petits et grands. L'investissement étranger jouera aussi un rôle important.

Les apports privés destinés aux pays en développement ont baissé au cours des trois dernières années, à la suite de la crise de l'Asie de l'Est. On note cependant une reprise et, à la grande surprise de certains observateurs, dont je ne suis pas, certains de ces fonds privés se dirigent à présent vers l'Afrique. Récemment, trois grands projets d'infrastructure ont vu le jour sur le continent africain : l'axe de transit de Maputo, entre le Mozambique et l'Afrique du Sud, le gazoduc ouest-africain et le projet d'exploitation pétrolière et d'oléoduc Tchad-Cameroun.

Ce dernier est un exemple frappant de la façon dont les gouvernements et le secteur privé international peuvent travailler de concert avec les institutions multilatérales pour transformer du tout au tout les perspectives d'un pays pauvre. Trois compagnies pétrolières - Exxon-Mobil (Etats-Unis), Chevron (Etats-Unis) et Petronas (Malaisie) - ont accepté de développer les champs pétrolifères du sud du Tchad et d'acheminer le pétrole vers la côte atlantique du Cameroun par un oléoduc de 1 070 kilomètres.

Ces champs ont été découverts il y a plus de trente ans. Ensuite, durant une période marquée par des troubles politiques, le Tchad a attendu avec impatience qu'une convergence entre les cours internationaux et l'intérêt du secteur privé rende possible l'exploitation de ces réserves. L'investissement (3,7 milliards de dollars) sera le plus gros investissement privé prévu en Afrique au cours des cinq prochaines années. Il pourrait transformer radicalement les perspectives du Tchad et lui permettre d'échapper à une pauvreté dramatique. Les recettes dégagées par le projet accroîtraient de 45 % à 50 % durant les vingt-cinq prochaines années le budget de l'Etat, qui pourrait ainsi financer les services de santé et d'éducation élémentaires et les services ruraux qui sont à présent cruellement insuffisants.

Et pourtant, ce projet est vivement controversé. Certains défenseurs de l'environnement avancent que les avantages engendrés par un grand projet de ce type n'en compensent pas les risques. Par ailleurs, les observateurs désabusés de la scène politique africaine refusent de croire que le gouvernement, le premier démocratiquement élu depuis quarante ans, soit capable d'utiliser les recettes pétrolières à bon escient. Ces objections méritent qu'on s'y arrête sérieusement. Mais en trois ans, elles ont fait l'objet d'analyses et de débats publics au Tchad et au Cameroun et, en fait, dans le monde entier.

L'une des raisons à cela est que les gouvernements et les compagnies pétrolières ont invité la Banque mondiale et la Société financière internationale (l'institution du groupe de la Banque mondiale qui traite avec le secteur privé) à fournir 5 % du financement (200 millions de dollars). Depuis, les spécialistes de l'impact environnemental et social de la Banque aident les gouvernements et les compagnies à formuler un projet bien conçu.

Le tracé de l'oléoduc a été considérablement modifié. Il sera enterré, et non pas à ciel ouvert, et suivra, en gros, les infrastructures existantes. La forêt tropicale ne sera que très peu affectée. A titre de compensation, deux vastes parcs nationaux vont être créés au Cameroun au moyen des fonds du projet. Il n'y aura pas de déplacements de population sur une partie quelconque du tracé. Les agriculteurs pourront accéder à leurs terres comme par le passé, sauf pendant les travaux. En tout état de cause, ils seront indemnisés de leur manque à gagner.

Pour gérer les recettes pétrolières, le Tchad a adopté une loi prévoyant qu'il en déposerait 10 % dans un fonds spécial destiné aux générations futures et que 80 % serviront à financer le développement et des programmes sociaux à l'intention de la population défavorisée. Le Tchad a en outre mis sur pied un comité de surveillance formé de fonctionnaires et de parlementaires, mais aussi de membres de la société civile.

Bien entendu, on se demande si ces accords seront respectés. En fait, le bilan du Tchad sur les quatre dernières années est plutôt encourageant à cet égard. Il a adhéré aux programmes de réforme convenus avec la Banque mondiale et le FMI. Il consacre déjà 70 % de ses ressources actuelles au développement. En dépit de la menace militaire qui pèse sur le Nord, il a réduit de moitié les effectifs de son armée.

Les Tchadiens et la communauté internationale seront vigilants : ils s'assureront que la manne pétrolière profite à tous et non pas à quelques privilégiés. Par ailleurs, le Tchad aura encore besoin d'une aide extérieure lorsque le pétrole aura commencé à couler, d'ici quatre ans.

Dans l'intervalle, il est réconfortant de constater que la situation au coeur de l'Afrique est assez favorable pour qu'un projet de cette importance voie le jour. Les autres pays et les investisseurs seront encouragés, espérons-le, par cet exemple.

Michel Rocard , ancien premier ministre, est député au Parlement européen.




**** Pétrole tchadien: enthousiasme à N'Djamena après l'approbation de la BM

N'DJAMENA, 7 juin (AFP) - L'approbation par la Banque mondiale (BM) d'un projet controversé d'exploitation pétrolière au Tchad a continué de susciter mercredi des réactions enthousiastes à N'Djamena, en dépit des mises en garde de l'opposition politico-militaire en exil.
D'un coût total de 3,7 milliards de dollars, ce projet devrait rapporter au Tchad deux milliards de dollars de bénéfices sur les 25 ans d'exploitation du gisement de Doba (sud) par un consortium de compagnies pétrolières composé d'ExxonMobil (USA, 40%), Petronas (Malaisie, 35%) et Chevron (USA, 25%).

Après plusieurs mois de réflexion, le conseil d'administration de la Banque mondiale l'a approuvé mardi. Il s'est notamment engagé à accorder à N'Djamena un prêt de 39,5 millions de dollars pour son financement.

"Nous nous félicitons de la décision de la Banque mondiale, parce que nous nous sommes toujours prononcés pour l'exploitation du pétrole tchadien", a déclaré à l'AFP Saleh Kebzaboh, le président de l'Union nationale pour la démocratie et le renouveau (UNDR, opposition).

"La mise en oeuvre du projet appelle à une mobilisation et au respect des engagements pris vis-à-vis des ONG et bailleurs de fonds", a relevé M. Kebzaboh en souhaitant que le projet pétrole "fasse le consensus national".

"Si le pétrole doit concourir à améliorer la vie des Tchadiens, à réduire la pauvreté, nous sommes partants", a pour sa part indiqué le secrétaire général de l'Union Nationale des Syndicats du Tchad (UST, principale centrale syndicale), François Djondang.

"La Banque mondiale ayant pris en compte les problèmes de l'environnement, nous ne voyons pas pourquoi nous devrions faire de l'opposition stérile", a poursuivi M. Djondang, soulignant que "nous soutenons en tant que défenseurs des intérêts des travailleurs, tout projet qui favorise la création d'emplois".

"Le vote du conseil d'administration de la Banque mondiale équivaut à un feu vert pour le début des travaux", s'est félicité de son côté le quotidien indépendant Le Progrès en précisant que "la pause de la première pierre du chantier se fera dès la fin de la saison des pluies".

Mardi soir, le président tchadien Idriss Deby avait salué le soutien de la BM au projet estimant que "c'est un grand jour pour notre peuple et pour le Tchad. C'est vraiment l'indépendance de notre pays".

"Le peuple tchadien s'est battu pendant 25 ans pour faire enfin sortir cette richesse pétrolière qui nous permettra de lutter contre la pauvreté", avait précisé le chef de l'Etat, ajoutant que "la date du 6 juin doit être gravée en lettre d'or dans l'histoire du Tchad".

"Le pétrole sortira; la guéguerre est terminée. On va faire la paix avec ceux de nos frères qui sont contre l'exploitation du pétrole", avait ajouté M. Deby, faisant allusion aux mouvements politico-militaires opposés à ce projet qui, selon eux, "ne profiterait qu'au régime en place".

Source : AFP


appeljust@yahoo.fr


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