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LES OBSCURES RELATIONS FRANCO-AFRICAINES(suite)
CES MESSIEURS AFRIQUE (suite)


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CES MESSIEURS AFRIQUE - LES RESEAUX (suite)

Le cabinet des confidences franco-africaines n'est pas seulement une chambre d'échos. La concierge de l'immeuble a failli s'évanouir plusieurs fois en voyant la voiture du président de la République, immortalisée le soir de la victoire de Jacques Chirac par un long travelling de l'Hôtel de Ville à la permanence de campagne, avenue d'Iéna, s'arrêter devant chez elle, en double file. Un homme en descend, s'engouffre sous ses yeux ébahis dans l'ascenseur et monte chez le « mystérieux Bourgi ». C'est Jean-Claude Lhomond, le fidèle chauffeur de Jacques Chirac, venu chercher ou déposer un pli urgent chez l'intendant général du réseau Foccart. Les prestations de celui-ci sont en effet des plus diversifiées : du renseignement d'ambiance, parfois très privée, jusqu'aux messages cryptés tombant sur le téléscripteur ayant relié, un temps, directement son cabinet à celui du maréchal-président Mobutu ; le paiement d'opposants africains qui, de passage à Paris, viennent ici chercher la compensation méritée de leurs efforts de cohabitation ; à ces fins, entre autres, la gestion de comptes présidentiels, les titulaires se bornant à envoyer de petits mots manuscrits, très chiffrés, en guise d'instructions ; la « ventilation » de dossiers confidentiels pour alimenter la presse dite d'investigation ; l'obtention d'audiences officieuses ou officielles. En fait, plus le client est en délicatesse avec le drapeau tricolore, plus fort il frappera à la porte de l'avenue Pierre-I er-de-Serbie. Et, naturellement, plus élevés seront les honoraires, dûment déclarés au fisc.

Début 1994, le président Pascal Lissouba était un homme très seul. Ayant commis un crime de lèse-pétrolier en laissant entrer, pour une poignée de cent cinquante millions de dollars, l'Américaine Occidental Petroleum (OXY) sur les plates-formes d'Elf, le chef de l'État congolais avait beaucoup à se faire pardonner à Paris. D'autant que l'amitié de Jacques Chirac pour son prédécesseur au pouvoir, Denis Sassou Nguesso, toujours en course, était de notoriété publique. Lié à un autre ami de Sassou Nguesso, Jean-Yves Ollivier, homme d'affaires et d'influence en Afrique australe, le ministre de la Coopération de l'époque, Michel Roussin, s'est montré très dur envers Pascal Lissouba, déclarant publiquement que celui-ci n'était pas capable de gouverner convenablement, de faire régner l'ordre - financier aussi - à Brazzaville. Rétrospectivement, il faut admettre que c'était bien vu. Mais, à l'époque, que faire ? Le « professeur-président » du Congo a confié au tandem Bourgi -Aurillac le soin de lui monter l'équipe politico-financière de haut vol qui devait engager des négociations difficiles avec les créanciers du Congo. Une première cordée était constituée de Jean-Pierre Prouteau, ancien ministre et président du Conseil des investisseurs en Afrique (CIAN), et de Pierre Moussa, ancien Monsieur Afrique à la Banque mondiale, puis président de Paribas et, enfin, de Pallas. Ils étaient chargés, respectivement, des dossiers des privatisations et des finances, tandis qu'une deuxième équipe était composée de Michel Aurillac (Cabinet Vovan & Associés) pour la dette et de Robert Bourgi pour la « communication politique ». L'enveloppe de l'opération sauvetage était de vingt millions de francs. Elle n'est jamais allée à son terme. Mais l'essentiel n'était pas là. Aux yeux de Pascal Lissouba, l'objectif consistait à se concilier une frange influente du RPR. Et là, il n'a pas été volé. Le 11 mars, le président congolais a déjeuné en tête à tête avec Jacques Foccart, qui animait à l'époque la « cellule africaine » du candidat Chirac. Le 12 mars, Pascal Lissouba était reçu dans la matinée par le maire de Paris en personne, avant de s'envoler en hélicoptère, dans l'après-midi, pour Colombey-les-Deux-Églises où il s'est recueilli, aux côtés de Jacques Foccart, sur la tombe du général de Gaulle. Le Graal et, en matière de réconciliation expiatoire, même l'intégrale...

Autre chef d'État en perte de vitesse, dont l'éjection finale coûtera politiquement aussi chère à la France qu'elle aura, en attendant, rapporté gros à ses missi dominici qui la retardent par tous les moyens : le maréchal Mobutu Sese Seko du Zaïre. Au début, l'avocat Bourgi aide surtout les enfants du Maréchal-Président, sa fille Ngawali et son fils Nzanga, à assurer depuis Paris l'intendance du « grand léopard » paternel. C'est dans la bonne tradition foccartienne. En 1970, à la suite du voyage au Zaïre de Jacques Foccart ayant amorcé le lévirat colonial français dans l'ex-colonie belge, Mobutu avait inscrit deux de ses filles dans un pensionnat à Reims. Pour créer un climat de confiance, rien ne vaut un gage familial. Aussi, en 1992, alors que son mari reste « tricard », selon l'expression de l'avocat-conseil, Robert Bourgi facilite la venue dans la capitale française de « Mama la présidente ». Bobi Ladawa en profite pour aller déjeuner chez Lasserre, l'une des deux cantines parisiennes du Maréchal. Le vieux René Lasserre offre une bouteille de Dom Pérignon à Madame, avec un petit mot d'amical souvenir pour Monsieur. La Présidente mange des cuisses de grenouilles, son plat favori. La bête est grassouillette, et la note salée. Mais le Zaïre est encore un grand pays, du moins pour ceux qui en sortent et, aussi, pour les « amis » à l'étranger chargés d'évaluer son déclin. Pendant que Robert Bourgi se rend indispensable à la famille présidentielle, Michel Aurillac et Pierre Moussa vérifient les finances du pays en procédant à un audit de la Banque du Zaïre. Ils ont obtenu un contrat de 1,4 million de francs pour éplucher les comptes de l'institut d'émission. Il est vrai que certaines pratiques régaliennes, en fait courantes, n'ont pas manqué de relativiser la portée de l'audit réalisé pendant l'été 1994, la fiabilité comptable de la Banque du Zaïre étant pour le moins restreinte. C'est ainsi que, dans la cour du bâtiment qu'orne un portrait géant de son meilleur client, l'homme à la toque de léopard, un hélicoptère présidentiel s'était posé en septembre 1991, en plein pillage de la capitale par des soldats impayés depuis longtemps. Il fallait chercher la solde et tenter de calmer les mutins. Évidemment, vu les circonstances, on n'avait pas signé de quittance... Mais l'ex-ministre de la Coopération et l'ancien patron de Paribas espéraient, en vain, qu'après le « petit » contrat pour l'audit viendrait, pour la réforme intégrale, un autre contrat, plus grand.

Dès l'été 1993, le duo Foccart-Bourgi a persuadé les conseillers Afrique de François Mitterrand, Bruno Delaye et Dominique Pin, que la France avait une carte à jouer au Zaïre avec Mobutu qui, à les entendre, n'aspirait plus qu'à se retirer. C'est à cette époque, aussi, que Paris a appris la « maladie incurable » du Maréchal-Président, atteint d'un cancer de la prostate depuis 1989. Des rencontres secrètes ont alors eu lieu à Bruxelles entre des émissaires français et le Premier ministre pressenti, Léon Kengo Wa Dondo, d'une part, et, d'autre part, Mgr Laurent Monsengwo, l'archevêque de Kisangani, à l'époque également président du Parlement de transition. Ce dernier, en vertu de « l'acte de transition », était habilité à nommer le chef du gouvernement. La France a garanti au Maréchal que, s'il acceptait Kengo et ne s'occupait plus des finances, le Premier ministre ne toucherait ni à sa famille ni à ses biens et, au contraire, lui assurerait une « liste civile » royale.

Les intermédiaires poussaient le soin jusqu'à mettre en place un circuit financier entre le Premier ministre et le président zaïrois, d'où ils n'étaient pas absents... En contrepartie, avec l'accord de François Mitterrand qui acceptait de le recevoir le 16 octobre 1993 à l'île Maurice, en marge du sommet francophone, Mobutu s'est offert un premier retour en scène, quoique toujours indésirable en Occident. A ce moment, le génocide des Tutsis au Rwanda n'avait pas encore eu lieu, ni, a fortiori, l'exode au Zaïre des 1,2 million de Hutus fuyant, à la fois, le Front patriotique rwandais (FPR) et leurs propres crimes. En attendant sa rédemption à la faveur de l'opération Turquoise, en juillet-août 1994, la réhabilitation de Mobutu s'est heurtée à de vives résistances. En France, celles-ci se sont cristalisées autour du « visa humanitaire » que cherchait à obtenir Mme Mobutu, dont l'un des fils, Bangembo Nyiwa, était alors soigné dans le service du professeur Crickx à l'hôpital Bichat. En fait, atteint du sida, il s'y mourait lentement. Tous les relais du Maréchal à Paris ont rivalisé d'interventions pour permettre à Bobi Ladawa de se rendre à son chevet : Charles Pasqua et son « représentant » à Kinshasa, Me Jean-Paul Lanfranchi, Valéry Giscard d'Estaing et son homme auprès de Mobutu, Hubert Lassier , qui disparaîtra le 18 décembre 1995 au Niger dans un accident d'avion aux côtés du leader touareg Mano Dayak, et, bien sûr, Jacques Foccart et Robert Bourgi, qui finissent par régler le problème.

Cette mobilisation des amis du Maréchal serait émouvante si le gestionnaire du « patrimoine liquide » à la cour du président zaïrois, à l'époque le Français Albert-Henri Buisine, chef de la « maison civile » avec rang de ministre, n'assurait pas que quatre cent mille dollars - plus de deux millions de francs - ont été distribués afin de « débloquer » le visa humanitaire pour la France.

L'argent a également joué un rôle non négligeable dans l'éphémère résurrection de Mobutu qui, sur fond de génocide au Rwanda et de « crise des réfugiés » subséquente, est redevenu fréquentable comme « ami de l'Occident ». Cet objectif, qui a été atteint, aura été celui d'un trio de choc belgo-franco-américain. Sans rappeler l'intense activité déployée, dans le même sens, par l'ex-président américain Jimmy Carter, il faut souligner d'emblée que la réhabilitation du maréchal-président zaïrois n'a donc pas été, exclusivement, une oeuvre française. Cependant, malgré l'étonnant mélange des genres du côté américain, il est révélateur que les promoteurs belges et américains de Mobutu ont travaillé dans les couloirs, encaissé l'argent, exercé leur influence mais ne sont pas parvenus à « faire » la politique de Bruxelles ou de Washington. C'est toute la différence entre réseau et lobby. Dès lors que la diplomatie américaine, puis la diplomatie belge ont estimé qu'il n'était plus dans leur intérêt de soutenir Mobutu et, au contraire, qu'il fallait s'en défaire d'une manière urgente, elles ont laissé tomber leur ancien allié, et le groupe de pression en sa faveur n'y a rien changé. Mais à l'Élysée, prenant d'une main l'argent de Mobutu et faisant de l'autre la politique de la France, le réseau Foccart a assuré un soutien officiel jusqu'au-boutiste au Maréchal-Président. Ce dernier est, toujours, « l'ami de la France » lorsque, depuis plusieurs mois déjà, il n'est plus « l'ami de l'Occident ». Seulement co-parrain de Mobutu et, au Zaïre, plutôt « petit Satan » par rapport aux Belges et Américains, Paris payera les pots cassés pour tout le monde. C'est le 8 mars 1994, un mois avant le déclenchement du génocide au Rwanda, que s'est constitué le trio de choc belgo-franco-américain. Ce jour, sous la bonne enseigne de l'hôtel Amigo à Bruxelles, se sont pour la première fois réunis Me Robert Bourgi, Max-Olivier Cahen et Herman Cohen. Ce dernier, Américain, a été le sous-secrétaire d'État chargé des Affaires africaines de George Bush à partir de février 1989, point culminant d'une longue carrière diplomatique sur le continent où il fut en poste en Ouganda, en Rhodésie, en Zambie, au Zaïre, au Sénégal et en Gambie, ainsi qu'à Paris, pendant trois ans, avant d'intégrer, en 1987 et toujours comme Monsieur Afrique, le staff de la Maison-Blanche. Nettement plus jeune, le Belge Max-Olivier Cahen est, surtout, le fils d'Alfred Cahen, professeur à l'université de Léopoldville, la capitale du Congo belge devenue Kinshasa en 1966, quelques mois après la prise de pouvoir de Joseph Désiré Mobutu , à l'époque chef d'état-major de l'armée. C'est Alfred Cahen qui avait « repéré » le jeune militaire et l'avait recommandé au chef du poste de la CIA, Lawrence Devlin, lequel devait financer son ascension. Ensuite ambassadeur de Belgique au Zaïre, Alfred Cahen a achevé sa carrière à Paris, dans les mêmes fonctions, jusqu'à son départ à la retraite en 1996. Entre-temps, son fils, également un « mordu » du continent, avait créé sa Fondation pour l'Afrique, présidé par... Herman Cohen.

Robert Bourgi a été mis en contact avec le couple Cohen-Cahen grâce à l'entremise de Jean-Marie Coulbary , lui-même consultant à la tête de United World Communication. Fils d'un ancien ambassadeur du Sénégal aux États-Unis, il avait été condisciple de Max-Olivier Cahen au lycée français de Washington. En 1994, après un premier succès en bande au Gabon, l'idée était de monter une opération commune similaire au Zaïre, de proposer des services de « communication politique » au Maréchal-Président. A cette fin, Herman Cohen, marié à une Française et parfaitement bilingue, était arrivée le 16 avril à Paris. Après un déjeuner chez sa soeur qui habite en face de la tour Montparnasse, il s'était embarqué avec Max-Olivier Cahen dans la voiture de Robert Bourgi à destination de Luzarches. Resté deux heures chez Jacques Foccart, le trio était parti, le soir même sur Air France, à destination de Kinshasa, en compagnie de Michel Aurillac. Au Zaïre, l'ex-ministre de la Coopération, en compagnie de Robert Bourgi, avait eu un premier entretien « franco-français » avec Mobutu. Puis, le trio Cohen-Cahen-Bourgi avait négocié le retour sur la scène mondiale du « grand léopard » en échange d'une promesse de rémunération de six cent mille dollars. Le versement de cette somme devait être effectué en deux tranches, selon la clé de répartition suivante : deux cent cinquante mille dollars pour Herman Cohen, dont quatre-vingt mille comme acompte ; deux cent mille dollars d'honoraires pour Robert Bourgi, dont soixante-dix mille d'avance ; enfin cent cinquante mille dollars et, dans l'immédiat, cinquante mille dollars pour Max-Olivier Cahen. Chacun d'entre eux s'était engagé à ristourner une obole - vingt mille dollars au total - au profit de Jean-Marie Coulbary, « découvreur » du deal. Les trois promoteurs de Mobutu ont touché le premier versement cash, en dollars, auprès de la Banque du Commerce et de l'Industrie sur les Champs-Élysées, une fois leurs chèques certifiés par une banque de Monaco. Max-Olivier Cahen est rentré le soir même à Bruxelles, avec ses cinquante mille dollars, ainsi que les quatre-vingt mille de Herman Cohen . Ayant alors de gros problèmes d'argent, le Belge a demandé à l'Américain de lui prêter quarante mille dollars sur sa part. En échange, il lui a fait un chèque du même montant que Cohen s'est engagé à ne pas déposer en banque, en attendant le remboursement. Mais finalement, l'Américain et le Belge se sont fâchés. Et c'est Robert Bourgi qui, en décembre 1994, a renvoyé quarante mille dollars à Washington. Le Français et l'Américain ont alors évincé leur associé belge. Selon nos informations, ils ont été intégralement rémunérés par le Maréchal. En revanche, la matérialité de leurs prestations - en dehors d'un voyage aux États-Unis de Me Bourgi, à la mi-mai 1996, pour plaider la cause de Mobutu au département d'État, au Pentagone et dans quelques officines - est restée incertaine.

Le come-back du Maréchal, en fait une estrapade avant la chute finale, devait tout à l'opération « militaro-humanitaire »Turquoise, montée en juillet 1994 à partir de l'est du Zaïre par la France, ainsi qu'à l'afflux de près de deux millions de réfugiés hutus du Rwanda. « Le gouvernement français avait été bien content de trouver Mobutu pour l'aider à limiter les dégâts au Rwanda en 1994 et pour accueillir des réfugiés », souligne dans ses mémoires Jacques Foccart qui, pour sa dernière « mission » sur le continent, s'était rendu le 10 août 1994 à Gbadolite, le fief dans la jungle du Maréchal, pour « arbitrer un différend ». Celui opposant le Premier ministre choisi par Paris, Kengo Wa Dondo, au président soutenu par la France... Se livrant à un assaut de candeur, Jacques Foccart décrit ainsi la scène : « S'agissant de sa liste civile, j'ai fait observer à Mobutu qu'il fallait fixer la limite des moyens mis à sa disposition pour maintenir son style d'existence. C'est ce qui a été convenu et chiffré, mais j'ai l'impression que cet accord n'a pas été respecté. En effet, il se trouve des personnages qui ponctionnent à la fois les caisses de l'État et la cassette de Mobutu. » Intéressés au sens le moins noble du terme, ces « personnages » ont accompagné jusqu'au bout le Maréchal-Président en lui tendant la main. Ceux du réseau Foccart étaient présents jusqu'à bord de l'Outeniqua , le navire sud-africain des ultimes négociations avec Laurent-Désiré Kabila, de même qu'au camp Tshatshi à Kinshasa, le jeudi 15 mai 1997, quelques heures avant l'assassinat du général Mahele, chef d'état-major de l'armée zaïroise et partisan d'une reddition, à la veille du départ de Mobutu en exil. Auparavant, à Paris, l'ambassadeur Fernand Wibaux, alors titulaire par la grâce de Foccart de la seconde « cellule africaine » de l'Élysée, avait été tenu informé des tentatives de sauvetage du régime : le transit de matériel militaire par la France, le recrutement de quelque cent trente mercenaires européens - surtout serbes - par un responsable de Geolink, une société de communications satellitaires, qui a par la suite licencié cet employé9. Pourquoi tant d'acharnement ? Ni en raison d'une analyse politique de la situation ni par fidélité à un allié sûr de la France. L'argent est le nerf des ultimes spasmes du Réseau.

On mesure le chemin parcouru. Créé le 17 janvier 1942 à Londres, le premier réseau gaulliste fut celui de la clandestinité, tissé entre les membres du Bureau central de renseignement et d'action (BCRA). Ancien de ce noyau dur de la Résistance, passionné de diplomatie secrète et de renseignement, Pierre Guillaumat était le patron du Commissariat à l'énergie atomique (CEA), avant de devenir celui d'Elf-Erap, future première puissance de la politique africaine de la France. Guillaumat favorisera alors l'installation, dans sa maison, d'hommes de Foccart , comme Maurice Robert, responsable du service Afrique du SDECE, puis du département renseignement de la compagnie pétrolière. Au début des années 60, Foccart réactivera ces anciens compagnons, de même que des réservistes du service action du SDECE, des négociants et des fonctionnaires bien placés, notamment pour lutter en Algérie contre l'OAS (Organisation de l'armée secrète). Le vivier était bien fourni puisque, sous la IVe République, les gaullistes purs et durs avaient presque replongé dans la clandestinité, reprenant leur Résistance, en Afrique notamment. « L'hostilité que manifestèrent les gouvernements de la IVe République et la plus grande partie des gouverneurs de territoires à l'égard du RPF (Rassemblement du peuple français) a obligé ce dernier à recourir, pour renforcer son audience, à divers stratagèmes qui ne sont pas sans rappeler les méthodes propres aux organisations et sociétés secrètes : formation de réseaux de renseignements disséminés sur les territoires d'outre-mer, système d'enquêtes sur les opinions politiques des administrateurs et fonctionnaires coloniaux, fichiers de renseignements, tentatives de noyautage des milieux d'affaires français installés en Afrique, la centralisation de tout cela se faisant au siège du Rassemblement, 5, rue de Solférino, à Paris. » L'homme ayant écrit ces lignes en 1980 alimente sa plume à la meilleure encre : c'est Robert Bourgi.


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