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LES OBSCURES RELATIONS FRANCO-AFRICAINES(suite)
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LE RÉSEAU FOCCART

Lorsque le mercredi 19 mars 1997, dans la matinée, Kinshasa apprend que « le Vieux est mort », la nouvelle provoque quelques instants de flottement. Autour de l'hôtel Memling, situé dans le centre-ville à vingt mètres de l'ambassade de France, elle suscite même un début de panique. Les vendeurs de journaux, une flopée de quotidiens sur les bras ou accrochée avec des pinces à linge sur un fil tendu, ramassent la presse, affolés à l'idée qu'elle pourrait rester invendue. Pourtant, tous les quotidiens sont remplis de photos du « libérateur », de propos triomphalistes tenus par Laurent-Désiré Kabila, « le tombeur de Mobutu » après trente-deux ans de dictature. Le « rebelle vivement désiré », comme ose écrire une feuille d'opposition en anticipant sur son arrivée dans la capitale zaïroise, vient de prendre, le 15 mars, Kisangani, la troisième ville du pays. Sous la pression de l'avancée de son mouvement, l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL), le gouvernement du Premier ministre Léon Kengo Wa Dondo a été destitué, la veille, par le Parlement de transition, la douma zaïroise, forte de plus de sept cents députés qui commencent à craindre pour leur per diem, sinon pour leur vie. « La chute de Kengo », « Kengo censuré » ou, en toute simplicité, « Enfin ! La fin ! », tels sont les titres barrant la une des journaux pour annoncer la destitution du « gouvernement le plus impopulaire dans l'histoire indépendante du pays ». Or, même le départ du Premier ministre détesté, en place depuis juillet 1994, n'aurait évidemment aucune importance si « le Vieux » était mort. Cependant, renseignements pris, la nouvelle ne vient pas du camp Tshatshi mais de Paris et annonce le décès, non pas du maréchal-président Mobutu, souffrant d'un cancer généralisé, mais d'un autre « Vieux », patriarche des réseaux franco-africains : Jacques Foccart, quatre-vingt-trois ans, que l'infirmier veillant à son chevet a trouvé le matin paisiblement éteint dans son lit.

Un malentendu est également dans l'air, le lundi suivant à Paris. Ce 24 mars en fin de matinée, le père Jacques Alazard, curé de l'église Saint-Louis des Invalides, célèbre devant près d'un millier de personnalités le requiem pour « le fidèle des fidèles du général de Gaulle », pour « l'homme de l'Afrique » du gaullisme. Sous le dôme, Jacques Chirac et son épouse Bernadette , ainsi que des « barons » et dignitaires gaullistes - Olivier Guichard, Maurice Couve de Murville, Jacques Chaban-Delmas , Pierre Messmer, Mme Claude Pompidou, Alain Peyrefitte , Charles Pasqua et Édouard Balladur - assistent à la cérémonie. Dans son homélie, le père Alazard rappelle l'épopée du Général, la Résistance et les affaires africaines,« tout ce qui motivait la vie de Jacques Foccart depuis un demi-siècle », et salue « au passage » la présence de cinq chefs d'État africains - Abdou Diouf du Sénégal, Pascal Lissouba du Congo, Didier Ratsiraka de Madagascar, Mohamed Taki Abdul Karim des Comores et Obiang Nguema Mbasogo de Guinée équatoriale - comme « signe très parlant de ce qui fut le coeur de sa vie ». Lorsque, plus tard, un peloton d'honneur composé d'éléments du 1er régiment du train épaule le cercueil pour le porter au milieu de la cour des Invalides où les honneurs militaires lui seront rendus, les représentants d'une quinzaine d'autres pays africains - Premiers ministres, ambassadeurs ou émissaires spéciaux - s'alignent au deuxième et troisième rang du carré, tandis que la Musique principale des troupes de marine exécute La Marche funèbre de Beethoven. Au garde-à-vous, le président de la République française s'immobilise devant le cercueil, recouvert du drapeau tricolore, pour la sonnerie aux morts, suivie de La Marseillaise , insigne distinction réservée aux seuls grands officiers de la Légion d'honneur. Enfin, le cortège quitte les Invalides pour Luzarches, le village de Jacques Foccart au nord de Paris, où le « grand serviteur de la République et de l'Afrique » sera inhumé en présence de Jacques Chirac mais, à la vérité, en l'absence des chefs d'État africains ayant vraiment été « le coeur de sa vie ». D'abord, parce que nombre d'entre eux sont morts, et notamment celui qui lui fut le plus proche, Félix Houphouët-Boigny, décédé en décembre 1993. Lui-même déjà presque octogénaire, Jacques Foccart s'était rendu aux obsèques à Yamoussoukro, en Côte d'Ivoire. Ensuite, parce que les présidents africains venus à son propre enterrement ne sont pas - à l'exception peut-être d'Abdou Diouf, pour qui Foccart avait une paternelle affection - ses « intimes ». Son interlocuteur le plus assidu au téléphone ces dernières années, le maréchal Mobutu, est acculé à Kinshasa et, donc, empêché. Autre « dinosaure » au pouvoir, le général-président togolais Eyadema, dont il s'était porté garant, à titre personnel, d'un prêt bancaire à la fin des années 60, le boude par-dessus la tombe. Dans ses mémoires, Jacques Foccart n'a en effet rien escamoté, à commencer par l'assassinat en janvier 1963 du président Sylvanus Olympio, le père de l'indépendance du Togo, par le sergent-chef Étienne Eyadema1. Quant au Gabonais Omar Bongo, désormais « doyen » du « pré carré » de la France sur le continent, il n'aurait pas fait le voyage pour marquer sa « colère » après la mise sous séquestre, à l'initiative de la justice française, d'un de ses comptes numérotés à Genève ayant servi au transit de « commissions » versées par Elf. C'est en tout cas ce qu'affirme le quotidien Le Monde, tandis qu'un démenti de la présidence gabonaise explique qu'Omar Bongo n'a pas pu « concilier le déplacement à Paris avec les exigences d'un séjour privé au Maroc ». A la réflexion, si c'était vrai, ce serait pire.

Triste fin, donc, en dépit des funérailles nationales. On porte en terre une icône figée en masque funéraire africain, abandonné par la vie, privé de toute chaleur et, pour la première fois, sans ombre portée. Né en 1913 à Ambrières, en Mayenne, Jacques Foccart, dont le père dirigeait une exploitation agricole en Guadeloupe, avait passé sa petite enfance aux Antilles, avant de rentrer à Laval pour y faire ses classes au collège de l'Immaculée-Conception. Simple bachelier, son père étant mort quand il avait douze ans, il s'était lancé dans les affaires, d'abord dans l'exportation de voitures Renault, puis dans l'import-export avec les Antilles, un commerce qui allait lui assurer, toute sa vie, une précieuse indépendance financière. Sans avoir entendu parler de Charles de Gaulle, Foccart s'était engagé dans la Résistance - à quel moment précis ? C'est demeuré un sujet controversé. Mais en 1946, il avait rejoint le Général et participé à la création du RPF. Chargé de l'outre-mer, il avait organisé les deux grandes tournées africaines du Général en mars et octobre 1953 ; celles dont il dira plus tard qu'elles ont été « la borne à partir de laquelle l'Afrique a été quelque chose de très important ».

Grâce à Foccart, les fidélités gaulliennes sur le continent, forgées à l'heure de l'épreuve, deviennent des points d'appui, une fois qu'elles sont transformées en « postes de renseignement et de liaison ». L'étonnant amalgame entre « services » et sentiments, la ferveur nationale aplatie en organigramme pour la cause et l'homme qui, à ses yeux, l'incarne, voilà la marque indélébile de Jacques Foccart, moine-soldat du gaullisme. « Jamais homme n'a gardé tant de secrets, qui eût si peu à en cacher, quelque temps après les avoir reçus », notera Alain Peyrefitte dans sa nécrologie. « Il ne pensait pas qu'une confidence n'en était plus une dès lors qu'on la lui avait faite2. » En 1961, lors du putsch des généraux d'Alger, c'est à Jacques Foccart que Charles de Gaulle confie ses instructions secrètes en cas de coup d'État et de « repli » du président de la République. Le prix de sa discrétion absolue, l'homme de l'ombre le paye au soir de sa vie, surtout après le décès de sa femme Isabelle, en 1991. Ne faisant plus confiance à personne mais voulant, plus que jamais, se servir de tout le monde pour servir l'État, Foccart « cloisonne » en renfermant jalousement toute information, même la plus anodine, sans se rendre compte qu'il s'emprisonne de plus en plus dans la solitude, dans le dédale de l'introspection. De nombreuses sollicitations le masquent longtemps, la première cohabitation, entre 1986 et 1988, puis l'arrivée à l'Élysée de Jacques Chirac, en mai 1995, le ramenant même « aux affaires » qu'il aime tant. Peut-être, mais ce n'est là qu'une hypothèse, cet homme secret n'a-t-il desserré le carcan de sa rigidité qu'en tête à tête avec les dirigeants africains, à travers eux et leurs frasques, pour lesquelles il a montré une indulgence et une patience d'autant plus grandes qu'il ne s'autorisait, lui, aucun écart. Quoi qu'il en soit, pour continuer à tisser la toile franco-africaine, dont il savait la trame effilochée, Jacques Foccart s'est fait gardien dans son propre musée. Valétudinaire, secoué par la maladie de Parkinson, il a épousseté ses « dinosaures » africains encore au pouvoir, a tenté d'emmurer le statu quo sur un continent bouleversé. Ne fréquentant plus l'Afrique lui-même, manquant de jambes et d'yeux, il s'est servi de missi dominici sans se rendre compte que ceux-là se servaient de lui, tous n'étant pas aussi dévoués qu'Odette, sa secrétaire, amie de longue date et majordome. « Je vais apporter des chocolats au Vieux », disaient-ils, se gaussant du « perroquet, qui va encore les bouffer ». Au sens intéressé du terme, ils ont tiré profit de Jacques Foccart, revenu au coeur de l'État, à l'Élysée. En était-il dupe cependant ? Ou pensait-il que c'était là le prix à payer ? Le fait est que Jacques Foccart est redevenu la tête de pont du Réseau lorsque celui-ci, en vérité, n'existait déjà plus. Déchiré en lambeaux, taillé en pièces par des rivalités personnelles, transformé en circuit financier pour siphonner l'argent noir du continent, le Réseau s'était « privatisé », entièrement dépravé.

Vers la fin, Jacques Foccart éprouvait de plus en plus de difficultés à grimper l'escalier raide, mais c'est sous les combles de sa villa Charlotte à Luzarches qu'il se sentait bien. « Ma case à fétiches », disait-il, sourire grimaçant aux lèvres, en poussant la porte au bout du petit couloir sombre, tapissé des portraits chaleureusement dédicacés de présidents africains. Assis derrière son bureau, le dos tourné à une grande carte de l'Afrique, il pouvait balayer d'un regard circulaire le temple de ses souvenirs. Insignes et honneurs de la Libération, petits drapeaux, plaques commémoratives d'unités parachutistes, lettres manuscrites de Charles de Gaulle et de Georges Pompidou, maquettes de navires et d'avions, masques africains et, surtout, bibelots et brimborions recelant des histoires qu'il se gardait bien de partager. En regardant par la fenêtre, avec vue sur le grand parc boisé et l'allée gravillonnée, il pouvait se remémorer les enfants de tel ou tel chef d'État africain, venus chercher des oeufs de Pâques sous les buissons, la première réception donnée dans le pavillon construit sur l'insistance du président Pompidou, là où, auparavant, les hôtes avaient été abrités sous des tentes dressées, ou, encore, le jour où « l'imbécile Bokassa », tirant au pistolet, avait fait mouche sur la résidence du voisin... Tout ce que le continent noir comptait de pères d'indépendance, de Léopold Sédar Senghor à Félix Houphouët-Boigny en passant par Ahmadou Ahidjo, Hamani Diori ou Modibo Keita, à la seule exception du Guinéen Sékou Touré, l'homme du « non » à la France en 1958, étaient passés ici pour le rencontrer. Le regard perdu dans le lointain, silencieux, Foccart aimait à réécouter leurs confessions.

Sur le bureau de Jacques Foccart, un standard gris aux nombreux numéros de téléphone préenregistrés trônait dans toute sa laideur, telle une hideuse concession faite à la modernité. Le « Vieux », presque impotent, s'en servait beaucoup. L'outil de travail était même devenu son principal lien au monde. Les présidents africains et ses « amis sûrs » dans le privé ou dans l'Administration l'appelaient sans cesse, parfois plusieurs fois par jour. A son tour, il s'informait, relançait, admonestait au besoin. Le premier des numéros enregistrés était identifié « J.C. », pour Jacques Chirac et la ligne directe du Président. Puis, tout de suite après, venait « Bob ». Pour Bob Denard ? Non. En fait Jacques Foccart n'a vu le célèbre mercenaire en chair et en os que trois fois dans sa vie : en 1968 pour prendre acte de son offre spontanée de services contre la « chienlit » ; en 1988 pour calmer ses ardeurs putschistes aux Comores ; et à Paris en 1993 devant un tribunal qui a acquitté Denard après que Foccart lui eut décerné à la barre un brevet de patriotisme comme « corsaire de la République ». Cependant, par prudence toute foccartienne, l'officier traitant de ce « Bob » sulfureux avait été un colonel du SDECE, Maurice Robert. Qui, alors, était l'autre « Bob », celui dont le numéro de téléphone a paru à Jacques Foccart le plus utile après celui du Président ? Il s'agit de Me Robert Bourgi. Chez les Bourgi, une grande famille libanaise d'Afrique de l'Ouest, on est intermédiaire de père en fils, commerçant de brousse au départ, avocat, maître de conférences ou éditorialiste à l'arrivée. Du père, Mahmoud Bourgi, négociant à Dakar, Jacques Foccart a dit dans ses mémoires qu'il était l'un de ses principaux informateurs. Évoquant ses sources de renseignement, en dehors du SDECE alors coiffé par... le colonel Maurice Robert , qui montera plus tard les services secrets d'Elf-Aquitaine et deviendra ambassadeur de France au Gabon, Foccart explique : « Bourgi connaissait le milieu africain d'une façon fantastique, grâce à ses activités de traite de l'arachide, comme la pratiquaient beaucoup de Libanais à cette époque. Il était extrêmement gentil, très loyal, bien informé et influent, et profondément gaulliste. Par lui, je savais ce qui pouvait se tramer, non seulement au Sénégal, mais au Soudan et en Haute-Volta, les actuels Mali et Burkina Faso. Mais ne me faites pas dire que Bourgi était un agent de renseignements. C'était un homme passionné par son pays d'adoption, qu'il connaissait parfaitement. Il savait parler de l'AOF (Afrique occidentale française) et communiquer son enthousiasme. » Un don qui ne s'est pas perdu avec la génération suivante. Aujourd'hui, sans sillonner la brousse mais en fréquentant assidument les présidences du continent, Bourgi & Bourgi couvrent toute l'ex-Afrique française depuis Paris : Albert Bourgi , le fils cadet et homme de gauche, pour l'hebdomadaire Jeune Afrique, dans lequel ce chargé de cours à l'université de Reims tient une chronique intitulée « En vérité » ; Robert Bourgi, l'aîné de droite, avocat-conseil de plusieurs « dinosaures » africains et missi dominici non seulement de Jacques Foccart mais, aussi, de Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur, de Michel Aurillac, ministre de la Coopération, et de Jacques Toubon, ministre de la Justice et président du Club 89, un « groupe de réflexion » du RPR. Successivement et, parfois, simultanément, tous lambeaux confondus, Robert Bourgi - « Bob » pour ses familiers - a été l'émissaire de tous, la principale cheville ouvrière du Réseau3. Comme il se doit, son parcours est franco-africain. Professeur à Abidjan, après une thèse de doctorat d'État à Paris sur « Le général de Gaulle et l'Afrique noire (1940-1969) », il devient très vite un relais efficace entre les gaullistes français et plusieurs présidences sur le continent. Dans la métropole ivoirienne, il fonde l'une des premières succursales africaines du Club 89. Proche des milieux chiites libanais, on entend parler de lui au moment de la libération des otages du Liban, avec une intermédiation au Sénégal pour le compte de Charles Pasqua. Mais celle-ci tournera mal, l'équipe libanaise locale se faisant doubler par une seconde équipe du même « Charlie », celle de Jean-Charles Marchiani, le missi dominici attitré du locataire de la place Beauvau, puis préfet du Var et, depuis juillet 1997, secrétaire général de la région militaire de Paris. Robert Bourgi prend ses distances. Il se rapproche de Michel Aurillac, ministre de la Coopération, dont il sera en 1986 le conseiller politique. Un poste officiel, grande exception. A l'époque, Michel Aurillac est également président du Club 89, secondé en qualité de secrétaire général par l'inévitable colonel Maurice Robert. Au siège du Club, avenue Montaigne, on est en plein « Foccartland » et, déjà, on a un pied en Afrique. Plusieurs présidents africains sont en effet des cotisants actifs et, dans les principales capitales du continent, des groupes de soutien mobilisent l'électorat du RPR. Au moment du schisme Chirac/Balladur, ce sont ces clubs africains, animés par Robert Bourgi, qui feront pencher la balance entre Jacques Toubon, qui deviendra ainsi le successeur de Michel Aurillac, et Nicole Catala, la candidate malheureuse des « balladuriens » autour de Charles Pasqua. L'enjeu de cette âpre bataille jusqu'en terre africaine : la maîtrise du Réseau, ou de ce qui en reste.

Un moment dans le collimateur du pouvoir balladurien, menacé d'être mis sur la paille par la « normalisation-banalisation » des rapports franco-africains, Robert Bourgi, docteur en sciences politiques et en droit, joue une partition plus durable, sous forme d'evergreen : il devient avocat. Le 26 mai 1993, devant la première chambre de la cour d'appel de Paris, il prête serment. Une belle façon de prouver à ses amis africains, sous l'influence de méchantes rumeurs, qu'il est toujours vierge de toute affaire véreuse, puisqu'on n'épouse qu'après enquête sérieuse cette noble profession4. L'avocat-conseil s'installe avenue Pierre-Ier-de-Serbie, dans le XVIe arrondissement de Paris. Sur son vaste bureau, les portraits de sa petite famille mais, aussi, des photos du dalaï-lama et du maître des lieux « en situation », avec les grands de ce monde. Celle où il est en conversation avec le président syrien Hafiz al-Assad est réservée à un coin de bibliothèque. Derrière son fauteuil en cuir, un grand tableau de Turuzi représente une étrange métamorphose : une queue d'animal, un corps de femme et une tête de robot... Le tout en couleurs mordorées avec, à gauche, des tulipes en tissu assorties. Au mur, en face, figure un portrait dessiné de Charles de Gaulle, dans la vitrine de la bibliothèque une photo dédicacée de Jacques Chirac . La petite pièce donnant accès à ce bureau-panthéon est réservée à une secrétaire, qui n'a jamais été embauchée. Robert Bourgi est un homme extrêmement prudent. « Secret de deux, secret de toujours. Secret de trois, secret de tous », aime-t-il à répéter. Un service téléphonique filtre ses appels en répondant « ici le cabinet Bourgi », comme si vous y étiez. Si, par malheur, un importun arrive à passer le barrage, l'homme se fait comédien et prend mille voix pour l'égarer. D'ailleurs, même les interlocuteurs agréés - officiels, journalistes, amis et « gorges profondes » - devraient se méfier. Le haut-parleur est rarement éteint en présence d'un visiteur...

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