**Alwihda:- Tchad/L'Origine Sara
Le Tchad est peuplé de groupes très divers dont la mise en place est plus ou moins connue. La division géographique ne suffit pas à rendre compte de la complexité ethnique. Le cas des Sara illustre bien cet état des choses.
En effet, sous le terme générique de Sara, l'on désigne un ensemble de populations qui habitent le sud du Tchad et dont les coutumes et les langues se rattachent à une source commune. Le mot Sara est un cas de déclinaison du mot Sor, et la colonisation lui a donné une signification plus large.
Ces populations sont formées des ethnies suivantes : Ngambaye, Lakka, Kabba, Mouroum, Mongo, Bediond, Gor, Pen, Goulaye, Nar, SaraMadjingaye, Mbaye, Sara-Kaba et Luto. Mbaye, Sara-Kaba et Nguma sont eux-mêmes divisés en sous-ethnies dont certaines furent sans doute à l'origine d'ethnies proprement dites ayant leur langue et leur tradition propres.
A propos de leurs origines, tout le monde admet, y compris les Sara eux-mêmes, que ces populations ne sont pas originaires de leur terroir actuel. D'où viennent-ils alors ? D'après la tradition orale locale, ils seraient venus de la Haute-Vallée du Nil et auraient fait un chemin avec les Barm'a et les Kenga. Pour les Madjingaye, la tradition orale a retenu que trois frères (l'ancêtre des Kenga, l'ancêtre des Barma et l'ancêtre des Sara) venus de l'Est se seraient respectivement installés à Mataya, Massenya et la vallée du Mandoul.
On sait que linguistiquement, les Sara sont proches des Barma, Kenga et Kouka entre autres. Ce qui implique que les ancêtres des actuels groupes avaient été dans le passé en connexion. De quand date la séparation et où et pourquoi at-elle eu lieu 2 Fut-ce la conséquence d'une modification de l'environnement (sécheresse) ou de guerres 2
Établis sur le Nil Bleu, près de l'Éthiopie actuelle, au 1 7ème siècle, ils auraient migré au Darfour vers 1 750; puis, harcelés par les esclavagistes soudanais, ils sont revenus vers le Sud : les Bongo au Bahr-elGhazal, les Kara et l'es Youlou dans le Dar Kouti. Ces deux groupes sont les ancêtres éloignés des Sara.
Par contre, les Sara ont comme cousins les Kenga et les Barma. Ces groupes arrivent au Guéra venant de l'Est, au début du 1 6ème siècle, de la vallée du Nil et par le Darfour à la faveur du remue-ménage qui bouleversa cette région durant le 1 6ème siècle : L'Egypte était devenue musulmane dès 642, mais la pénétration arabe s'arrêta à Assouan. Elle était contenue par deux royaumes chrétiens : Dongola, qui tombera en 1 31 6 et Aloa qui tombera en 1506. C'est probablement un siècle plus tard que les « 1 2 » frères Baguirmiens et Kengo arrivèrent au Guéra. Les tribus Sara les plus anciennement implantées dans le Sud du Tchad sont les Ngambaye du Logone, les Mbaye et les Ngam du Moyen-Chari. Par contre, l'arrivée des Mouroum à Laï, des Gouloye, des Sar de Bédaya et des Kaba Démé est beaucoup plus récente (fin du 18ème, début du 19ème sièclé). Ils se sont implantés beaucoup plus au Nord que ceux que nous venons de citer et se sont mêlés aux populations de langue tchadique que sont les Gabri, Toumak et Ndam entre autres. Linguistiquement et géographiquement, les Sara se divisent en trois groupes: groupe Logone, groupe Chari-Ouest et groupe Chari-Est. Le groupe Logone est composé des Ngambaye et apparentés, Gor, Mongo de Doba, Bédiondo, Lakka, Mouroum, Goulaye du Sud et Koba de l'Ouest de l'Oubangui. La langue dominante utilisée dans ce groupe est le Ngambaye. Le groupe Chari-Ouest est composé des Sar (SaraMadjingaye), Nar, Mbaye de Moïssala, Ngama, Goulaye du Nord et Daï. Le groupe Chari-Est est celui des Kaba. Publié par Carrefour (par Dr. Mahamat Saleh Yacoub)
**Alwihda 18/3:-Interview du colonel Abdoulaye Sarwa, ex-cdt du groupement blindé de FIR
(Entretien accordé à Mlle Josline Koudolo, Alwihda)
*Alwihda : Vous êtes Directeur du groupement blindé de la FIR( Force dintervention rapide), vous étiez très proche du Président Idriss Déby depuis décembre 1990 date de son arrivée au pouvoir. Quelles sont les raisons exactes qui vous ont poussé à vous opposer à lui ?
-Colonel Abdoulaye: Il est vrai que jétais proche du président avec qui jai travaillé pendant 10 ans, malheureusement nous avons constaté qu'il n'y a pas de changement, pas de démocratie comme le souhaite le peuple tchadien. Pendant dix ans et plus, Deby na fait que banaliser l'injustice, l'inégalité, surtout il faut noter que la composition de l'armée est clanique. Nous avons espéré un changement mais en vain. Nous avons été piégés par une bande de tortionnaires qui pendant longtemps a pressé comme un citron le peuple tchadien et ceci, nous l'avons toujours dénoncé.
*Alwihda : N'est ce pas parce-que vos intérêts sont aujourd'hui menacés que vous vous opposez à Deby qui était hier votre compagnon ?
--Colonel Abdoulaye: Non, dans mon cas, jétais à mon poste quand j'ai quitté. Regardez à l'est où la population est toujours menacée, violée, pillée, humiliée...Nous avons toujours dénoncé, et c'est là notre malheur.
*Alwihda : Vous obéissiez n'est ce pas au président Deby et, subitement, vous le dénoncez, n'est ce pas là une offense?
-Colonel Abdoulaye: Nous avons espéré un changement, et nous subissions tout en étant optimiste mais il faut dire que la patience a ses limites et nous ne saurions tant laisser le peuple dans l'humiliante situation.
*Alwihda : Vous avez connu la prison sous Deby, et pourquoi? Est ce vraiment réel que vous maniganciez un coup contre lui?
-Colonel Abdoulaye: J'étais accusé injustement par Deby. Tantôt, il disait que je préparais un coup contre lui, tantôt, il trouve que je monte des gens contre lui, ce qui n'était pas vrai, nous réclamons la liberté du peuple sans tapage. Un coup ? non ! Il n'a aucune preuve, nous n'avons jamais eu d'idée négative ou obscure. Tout notre objectif était de le persuader à changer sa politique clanique et c'est tout ce qui nous préoccupe. C'est ce qui nous a poussé à dénoncer les violations des droits de l'homme dailleurs reconnues de tout le monde.
*Alwihda : Mais Deby dit que vous avez envoyé des armes à l'est du pays, est-ce une réalité? Et pourquoi envoyer des armes si ce nétait pas dans le but de fomenter quelque chose ?
-Colonel Abdoulaye: C'est le régime qui affirmait cela sans preuve . C'est devant la justice que j'ai appris cela.
*Alwihda : On dit que vous avez eu un tête-à-tête avec le président?
-Colonel Abdoulaye: Oui, le 5 avril à 22h, il m'a reçu en audience à la présidence. j'étais menotté. Il m'a dit: "voilà camarade, vous avez tenté un coup contre moi, j'ai saisi des armes à l'est du pays..." J'ai nié les faits que j'ignorais d'ailleurs. Il m'a demandé de reconnaître le fait (
) d'avoir préparé ce coup avec un mouvement insurrectionnel. Il voulait que je reconnaisse quelque chose que jignorais. Ce que jai refusé. Il a alors ordonné mon transfert à la gendarmerie où j'ai passé deux mois de calvaire, de souffrance et dhumiliation. Pourtant, il ma dit «quand jirai faire ma campagne à lEst, je profiterai pour faire lenquête et avoir des preuves de cette accusation ». Il n'a rien trouvé comme preuve. Sous la pression, il a décidé qu'on m'amène en justice. La justice m'a libéré avec une ordonnance de non lieu malgré tout le dossier que Deby a présenté contre moi.
*Alwihda : Vous reconnaissez donc lexistence dune justice au pays?
-Colonel Abdoulaye : Assurément; mais cette justice bien que juste est contournée et ridiculisée par le dictateur DEBY. La preuve, il n'était pas d'accord qu'on me libère, il a envoyé sa garde présidentielle pour m'arrêter après que la justice m'a libéré. J'étais avec 10 de mes officiers, nous avions dû nous défendre par des échanges de tir et les avons mis en déroute.
*Alwihda : Cela sest passé quand?
-Colonel Abdoulaye : Le 22 décembre 2001 aux environs de 23heures30mn.
*Alwihda : A présent que vous êtes dans lopposition, où se trouvent vos parents, votre petite famille?
-Colonel Abdoulaye : A l'heure où je vous parle, ma maison est encerclée par les troupes de DEBY à Abéché, mes enfants, mon épouse sont dans les mains de DEBY. 4 commandants sont arrêtés, 3 capitaines, 3 lieutenants, 1 sous préfet et plein d'autres cadres sont torturés, il y a même un mort au cours de cette semaine.
*Alwihda : A présent, quels sont vos objectifs?
-Colonel Abdoulaye : Madame, la première chose, c'est que nous voulons la paix, la liberté, la démocratie dans ce pays. L'armée qui doit incarner la sécurité, cest elle qui tue, pille, torture, viole, vole, tout simplement parce quil n y a pas une véritable armée. Cest une armée de ramassis claniquement criminelle. Cest à dire, Deby s'est entouré de ses parents et de ses proches qui sont tous responsabilisés au détriment du peuple tchadien qui paye de lourd tribut.
*Alwihda : Ecoutez Colonel, vous étiez bien placé avant de quitter alors que vous ne faites pas partie de la famille ou des proches du président ?
-Colonel Abdoulaye : Est ce que le fait que jai occupé un poste important dans larmée me prive aujourdhui de dénoncer aujourdhui les actes irresponsables de ce régime corrompu ? Oui je reconnais non sans regret que jai collaboré avec ce régime que je dois combattre aujourdhui. Vaut mieux tard que jamais. Le régime de Déby se base sur le clanisme la corruption et la haine contre le reste de la population et je sais de quoi je parle. Le Tchad est le seul pays en Afrique où le pouvoir est tenu dune manière totale par un clan qui règne sans partage.
*Alwihda : Vous parlez de partage, est ce un problème de poste votre opposition ? puissiez-vous en tant que militaire nous donner de preuve de ce que vous dites ? il ne suffit pas seulement daccuser pour accuser ?
-Colonel Abdoulaye Sarwa : (un air vexé et un regard méchant) Ecoutez
Ecoutez
vous défendez le régime ? Vous pouvez répondre à ma place ?
*Alwihda : pas du tout, ne vous énervez pas mon colonel. Notre objectif est de savoir la vérité et dinformer. En tant que militaire, vous êtes en droit dapporter des preuves de ce que vous dites sur larmée clanique et pas formuler de simples accusations que nimporte qui est capable de faire?
-Colonel Abdoulaye Sarwa : je dis bien larmée est clanique et je sais de quoi je parle. A titre dexemple, le chef d'Etat major de larmée est Abdelrahim Bahar Itno. C'est un neveu à Déby, la gendarmerie est dirigée par son cousin Youssouf Ahmat Tera, la Garde Nomade par son neveu Mahamat Saleh Ibrahim, la Force dintervention rapide (FIR) par son cousin Hassan Djorouba, la police par son cousin Mahamat Ibrahim Daoussa, les renseignements généraux par son proche Ramadan Erdebé, la police politique (lANS) par son onle Saleh Kaya, la SP (sécurité présidentielle) par son proche Abakar Kerinkeno, lUnité spéciale de la FIR regroupement blindé par son proche le cdt Oumar Bahar Iritero, pour lescadron léger, son cousin Hano Abakar, le commandement au nord du pays est entre les mains de son proche Ismaïl Nour, à lEst cest son proche Mht Tawilé Djangos, au Sud cest son neveu le général préfet Mht Ali Abdallah et jen passe. Les tchadiens nont pas encore compris quils sont dans un piège. Non seulement ils nont aucun droit mais en plus ils sont humiliés et marginalisés. Ils doivent lutter pour se libérer.
*Alwihda : Que comptez-vous faire pour palier à tout cela donc?
-Colonel Abdoulaye Sarwa : Nous voulons sortir le peuple tchadien de la haine et nous nous plierons en quatre pour chasser cette fois-ci DEBY. Dieu merci nous intégrons l'ANR afin qu'ensemble nous portons haut le flambeau pour mette fin à cette barbarie digne du 17ème siècle.
*Alwihda : Il n'y a pas que l'ANR dans cette lutte, ne prévoyez-vous pas un grand rassemblement pour la trentaine de mouvements?
-Colonel Abdoulaye Sarwa : Le programme de l'ANR stipule que tout mouvement peut lintégrer , il y a ouverture à tous les opposants pour combattre ensemble.
*Alwihda : Les mouvements ne manquent pas dexposer souvent leur ouverture qui en réalité nexiste que de nom ? Nest ce pas colonel ?
-Colonel Abdoulaye Sarwa : Je laisse la parole au colonel GARFA le président de l'ANR. (le colonel Garfa qui vient de rentrer à peine 5 minutes accepte de répondre)
*Alwihda : Colonel Garfa, le colonel Abdoulaye vient de rejoindre l'ANR, n'est-ce pas là un des simples tapages politiques auxquels les politico-militaires nous ont habitué ?
-Le colonel Garfa : Tapage? (regard fixe qui explique que la question ne plaît pas) je ne pense pas. C'est vrai que nous sommes habitués à beaucoup de choses. Mais lui (le colonel A. Sarwa), je le connais de longue date(1983) quand nous avons servi ensemble. Nos rapports sont depuis toujours excellents et surtout sérieux. L'armée est une institution clé qui doit garantir la sécurité aux autres institutions démocratiques, si elle doit restée clanique, elle perd sa crédibilité. Cest après une longue analyse sur la situation surtout que Abdoulaye a démissionné parce qu'ayant compris que DEBY veut garder une armée clanique, juste pour protéger son pouvoir
*Alwihda : Est-ce que son pouvoir serait en voie de disparition?
-Colonel Garfa : Oui, et c'est pourquoi il cherche à le sauvegarder. si abdoulaye nous a rejoint ce n'est pas un hasard c'est pour un rassemblement, un brassage naturel.
*Alwihda : vous aviez aussi eu un excellent rapport avec DEBY et pourtant vous l'avez quitté, pourquoi?
-Colonel Garfa : Justement parce-que ça ne va pas, la manière dont il dirige le pays est scandaleuse et mon collègue le colonel Abdoulaye a tout expliqué.
*Alwihda : Mr Abdoulaye, étant nouveau dans l'opposition, quelles sont vos appréciations?
-Colonel Garfa : Il y a vraiment un bon espoir car l'ANR qui se compose de plus de 8 mouvements et est animée d'une bonne volonté.
*Alwihda : Que pensez vous de l'accord du MDJT avec le gouvernement signé en Libye le 7 janvier?
-Colonel Abdoulaye Sarwa : Chaque chose a son temps, un début et une fin (très réservé) Si cet accord peut être respecté cest une bonne chose. Le peuple tchadien, l'ANR et toute lopposition sont pour la paix. Je nai pas besoin dévoquer ici le sort connu de tous ceux qui ont signé des accords avec Déby.
*Alwihda : Vous dites que lopposition est unanime pour la paix, que pensez vous de l'initiative de paix de la CMAP?
-Colonel Abdoulaye Sarwa : (toujours très réservé) La CMAP était très bien partie, elle a montré sa capacité sur le plan national et international. Cest bien davoir un objectif qui consiste à ramener la paix. Je sais que Déby profite de cette initiative pour diviser la CMAP en exploitant des maillons faibles. La Cmap doit continuer à lutter pour la cause du peuple tchadien.
*Alwihda : Avez-vous eu des contacts avec la Cmap ?
Colonel Abdoulaye Sarwa : Jai eu plusieurs entretiens avec le vice président de la Cmap Ahmat Yacoub qui nous a expliqué linitiative de la Cmap et je préfère ne pas en dire plus.
*Alwihda : Est-il vrai dans votre tournée que vous avez eu de contact avec Abdoulaye Miskine et ensemble vous avez rencontré le président Patassé ?
Colonel Abdoulaye Sarwa : (toujours réservé, il me regarde avec un air étonnant) je suis militaire et je préfère ne pas répondre.
*Alwihda : Et les hommes que vous recrutez en Centrafrique ?
Colonel Abdoulaye Sarwa : (il fait un signe de sa main droite) jai un rendez-vous svp.
*Alwihda : Votre mot de fin?
- Colonel Abdoulaye Sarwa : Je souhaite à tout le peuple tchadien surtout à l'armée tchadienne de relâcher ce régime dictatorial et de regagner le rang de l'opposition pour faire instaurer la justice, l'équité au Tchad, la liberté, le droit de l'homme, de ceci dépend le développement du Tchad. Je vous remercie.
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