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le 22/12/2003 La fortune des Chirac (par Jérôme Dupuis)

Un appartement parisien, un petit château en Corrèze, des actions en Bourse... L'Express chiffre à 7 millions de francs le patrimoine du couple présidentiel. Enquête sur un train de vie qui doit autant à l'exceptionnelle carrière politique du chef de l'Etat qu'aux biens familiaux de son épouse

«Si vous interrogez des gens qui me connaissent, vous trouverez des gens qui disent sur moi des choses agréables, d'autres qui me critiquent, mais vous n'en trouverez jamais qui disent que je suis un homme d'argent.» Les dénégations outrées de Jacques Chirac, le 14 décembre dernier, lors de son intervention télévisée sur TF 1 à proposdes «affaires», semblaient fermes et définitives. Elles sonnaient également comme une réponse implicite à la polémique estivale sur le coût de ses vacances à l'île Maurice, dans une suite
à plus de 20 000 francs la nuit. D'ailleurs, lorsque l'on interroge ces «gens» qui connaissent bien le président de la République - hommes politiques, proches, collaborateurs..la réponse jaillit, en effet, unanime: «Chirac est un homme de pouvoir, pas un homme d'argent.»
Etre un homme de pouvoir ne l'a cependant pas empêché de déclarer, conformément à la loi du 11 mars 1988 sur la transparence de la vie politique, dont il fut d'ailleurs l'instigateur, un patrimoine de 8,3 millions de francs en 1995. Aujourd'hui, selon l'estimation de L'Express, confirmée par l'Elysée, ce chiffre aurait légèrement baissé, pour atteindre un peu plus de 7 millions. Ce qui place Jacques Chirac derrière Edouard Balladur (dont les biens étaient estimés à 20 millions), mais devant Lionel Jospin, qui vient tout juste de s'offrir une résidence secondaire sur l'île de Ré, pour 2
millions de francs. Comme François Mitterrand naguère et 200 000 Français aujourd'hui, l'actuel hôte de l'Elysée paie l'impôt de solidarité sur la fortune. Il a ainsi acquitté un ISF de 14 000 francs pour l'année 1999. Comment un énarque issu des classes moyennes - mais marié à la descendante d'une grande famille, les Chodron de Courcel - a-t-il constitué ce patrimoine, qui le situe parmi le 1% des Français les plus riches? Avant tout grâce à une activité politique insatiable. Depuis 1967 et son premier portefeuille ministériel - secrétaire d'Etat aux Affaires sociales de Georges Pompidou - Jacques Chirac n'a jamais quitté les palais de la République, à l'exception d'une brève éclipse entre son départ de Matignon en août 1976 et son élection à la mairie de Paris en mars 1977. Il a tenu tous les rôles de la vie publique: adjoint au maire, conseiller général, député, ministre, maire, Premier ministre, président... Longtemps, le montant de ses indemnités d'élu, qui n'étaient pas plafonnées, a échappé, pour une large part, à l'impôt. Aujourd'hui encore, Jacques Chirac tire généreusement bénéfice de cette carrière bien remplie. Car, contrairement à l'idée reçue, il ne perçoit pas seulement son indemnité de président de la République, soit 44 061 francs.Il touche également une confortable retraite de l'Assemblée nationale (35 000 francs), où il a été élu de 1967 à 1995, même s'il a souvent laissé la place à son suppléant. A cela viennent s'ajouter sa retraite de maire de Paris (15 000 francs) et celle de conseiller général (14 000), pour ses vingt ans de mandat comme élu du canton de Meymac, en Corrèze. Enfin, depuis le 1er juin 1993, ce «cumulard» de la République perçoit une retraite au titre d'ancien conseiller référendaire à la Cour des comptes (19 000 francs), administration où il était entré à sa sortie de l'ENA, en 1959, mais où il n'a quasiment jamais siégé, tant il a rapidement été happé par les cabinets ministériels. Au total, ce président quatre fois retraité affiche donc un sympathique salaire mensuel de 127 000 francs.
Naturellement, comme pour tout Français, une - large - partie est ponctionnée par les impôts. Combien? Le revenu net imposable de Jacques Chirac, qui, selon nos estimations, était de l'ordre de 400 000 francs en 1994, a presque triplé aujourd'hui grâce à ses fameuses retraites. Le couple Chirac a ainsi déclaré un revenu de 700 000
francs en 1995, de 1 million en 1996 et de l'ordre de 1,1 million en 1998 et 1999. Naturellement, avec de tels gains, les Chirac sont lourdement taxés: selon nos estimations, ils ont acquitté près de 500 000 francs d'impôt sur leurs revenus en 1999.
Comme de nombreux Français, c'est dans l'immobilier que le président de la République a principalement investi. Elu de Paris, Jacques Chirac se devait de posséder un appartement dans la capitale. Sa déclaration de patrimoine de 1995 mentionne un 114 mètres carrés, avec cave, rue de Seine, dans le VIe arrondissement. Le président ne l'a pas acheté, mais échangé contre une propriété au Vésinet, dans les Yvelines, dont il avait hérité à la mort de sa mère, Marie-Louise Chirac, en 1973. C'est une agence immobilière, la Société d'achats et de ventes d'immeubles Jeanne Lucienne, qui a récupéré cette maison contre l'appartement de la rue de Seine. Le protocole d'échange a été paraphé en l'étude de Me Ader le 17 février 1982. L'évaluation retenue à cette date pour ce 114 mètres carrés était de 700 000 francs.
Situé dans l'un des quartiers les plus convoités de Paris, entre l'Odéon et le jardin du Luxembourg, à deux pas de l'hôtel particulier de l'homme d'affaires François Pinault, ce bel appartement, au cinquième étage avec balcon, à vu sa valeur suivre la flambée des prix de l'immobilier parisien. En 1995, le candidat Chirac l'évaluait à 2,2 millions de francs. Aujourd'hui, selon nos informations, sa valeur fiscale retenue par le couple Chirac se monte à 2,65 millions de francs. Soit 23 000 francs le mètre carré. Lors de l'élection présidentielle de 1995, Le Canard enchaîné s'était gaussé de la première estimation à 2,2 millions. Selon l'hebdomadaire satirique, qui mentionnait la vente récente d'un appartement dans ce même immeuble, le prix du mètre carré serait plus près de 40 000 que de 20 000 francs. A ce tarif, l'appartement de Jacques Chirac vaudrait plus de 4 millions de francs...
Le plus étonnant, peut-être, est que Jacques Chirac n'a jamais habité rue de Seine. Déjà élu maire de Paris lors de l'acquisition de ce confortable pied-à-terre en 1982, il habitait alors l'immense logement de fonction (1 000 mètres carrés) de l'Hôtel de Ville. Et, depuis 1995, il vit à l'Elysée. «Chirac a toujours habité là où il travaillait et travaillé là où il habitait», confirme l'un de ses anciens conseillers. L'appartement de la rue de Seine a donc été mis en location: un homme d'affaires américain l'a longtemps occupé, moyennant un loyer mensuel de 15 500 francs; depuis quelque temps, un nouveau locataire l'a remplacé, bénéficiant au passage d'une légère baisse du loyer, fixé dorénavant à 14 800 francs. Soit un revenu annuel, pour les Chirac, de 177 000 francs, dont il convient naturellement de retrancher certains frais inhérents à la copropriété.
Mais le joyau immobilier de la famille Chirac demeure sans aucun doute la propriété de Bity, sur la commune de Sarran, en Corrèze. Petit château ou grande gentilhommière? Le débat sémantique fait rage depuis le jour de mars 1969 où celui qui était alors secrétaire d'Etat à l'Economie et aux Finances a acheté cette vaste demeure du XVIe siècle aux magnifiques tours d'angle. Un beau parc à la française, agrémenté d'une fontaine et entouré de deux ravissants pavillons, accueille le visiteur; l'arrière domine la superbe vallée de la Corrèze.L'ironie de l'Histoire veut qu'avant d'appartenir à un ministre français de droite le château ait accueilli Léon Trotski à la fin de
1934, alors qu'il fuyait les sicaires de Staline lancés à ses trousses...Puis la bâtisse avait été laissée à l'abandon après la guerre. Un hôtelier toulousain y avait finalement installé son père. C'est à celui-ci que Jacques Chirac rachète Bity pour 210 000 francs:
150 000 francs hérités de son père, décédé en juin 1968, et 60 000 d'apport personnel. Bernadette est instantanément tombée amoureuse de l'escalier de granit rose qui orne cette bâtisse de dix pièces. C'est elle qui a fait carreler en bleu ciel les salles de bains du premier étage et aménagé les tourelles rondes en salons de lecture.
Classement et subventions Cette propriété corrézienne vaudra bien vite des ennuis à Jacques Chirac, arrachant même ce soupir à Georges Pompidou: «Ah! Quand on veut faire de la politique, il ne faut pas avoir de château... sauf s'il est dans la famille au moins depuis Louis XV!» En 1972, Le Canard enchaîné révèle que la propriété de Bity a été classée monument historique le 3 avril 1969, soit quinze jours après que le secrétaire d'Etat aux Finances l'eut acquise. Une distinction méritée mais extrêmement rare pour des biens appartenant à des particuliers. S'ensuit une longue polémique dans la presse et sur les bancs de l'Assemblée nationale, attisée notamment par Jacques Duclos. C'est que ce providentiel classement a permis à Jacques Chirac d'obtenir de l'Etat deux subventions - 20 000 francs en 1969 et 40 000 en 1970 - pour la rénovation de Bity. Autre conséquence de ce classement, le contribuable Chirac a pu déduire de ses revenus les frais engagés à Bity et bénéficier ainsi d'une exemption d'impôt sur
le revenu pour les années 1969 et 1970.
L'affaire a fait grand bruit. Pourtant, la demande de classement aux monuments historiques était dans l'air depuis 1965, date à laquelle plusieurs conseillers généraux l'avaient publiquement demandée. Et les avantages fiscaux dont a profité Jacques Chirac grâce à Bity découlent de la stricte application de la loi. Il n'empêche: le président de la République et sa famille répugneront toujours à laisser photographier ce château, jugé trop voyant. Quelques rares clichés existent, pris à l'occasion de la réception de l'ambassadeur de Chine en 1976, par exemple. Château ou gentilhommière, Bity est en
tout cas toujours estimé à 1,2 million de francs dans les déclarations fiscales de M. et Mme Chirac en l'an 2000. Aucun aménagement notable n'y a été effectué ces dernières années.
Mais, au dire des habitants de Sarran, le président Chirac se fait rare depuis quelque temps à Bity. Dans les années 70, Jacques et Bernadette aimaient à y disputer de longues parties de cartes sur la terrasse. Aujourd'hui, Jacques Chirac se contente d'une ou deux
visites éclairs, à l'occasion d'une l'étape du Tour de France, en juillet 1998, ou pour l'inauguration du musée du Septennat, en décembre dernier. Bity est surtout le domaine de Bernadette: l'épouse du président s'y est installée un mois pendant la campagne des cantonales de mars 1998 et s'y ressource régulièrement, lorsqu'elle siège comme adjointe au maire de Sarran. A propos de ses séjours dans ce lieu idyllique, elle a même confié: «La nuit, j'éteins toutes les lumières, je regarde le ciel étoilé et je me crois dans l'espace.»
Mais, même en l'absence de ses propriétaires, le château reste bien surveillé. Un couple de retraités fait office de gardiens et supervise le travail des artisans et des jardiniers. Mais, surtout, un peloton de 28 gendarmes veille à 500 mètres de là. Ils n'étaient que deux lorsque Jacques Chirac était «simple» ministre... Un bâtiment en préfabriqué a même été spécialement construit pour les accueillir. En se relayant, les gendarmes peuvent ainsi exercer une surveillance discrète sur le château, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. «Un peloton de 28 hommes, c'est trois fois moins que pour
François Mitterrand à Latche», relativise Michel Poincheval, le maire de Sarran, lorsque ses administrés s'inquiètent du coût de cette garde présidentielle... La propriété des Chirac n'a, en tout cas,
rien à craindre du voisinage immédiat. Outre le parc du château, le
couple présidentiel possède également 9 hectares de prés et de bois
attenants. Il les a concédés gracieusement à un cultivateur de
Sarran, qui y élève du bétail et les entretient. Plus bas se trouve
le lieu-dit Puy-du-Haut, une propriété agricole d'une trentaine
d'hectares. Là encore, aucun danger: le couple Chirac en est
actionnaire. En 1993, il a en effet acquis 50 parts (sur un total de
405) de ce groupement foncier agricole (GFA), au prix de 1 000 francs
l'unité. «Cet investissement de 50 000 francs, qui ne représente pas
grand-chose pour M. et Mme Chirac, relève plutôt du mécénat rural»,
sourit le maire de Sarran, lui-même actionnaire du GFA. Faute de
dividendes, le couple présidentiel se satisfait d'avoir aidé à la
survie d'un domaine agricole aux portes de son château...


Décidément fidèle à sa Corrèze, Jacques Chirac possède aussi
une «maison rurale de quatre pièces avec grange et deux annexes de
deux pièces» à Sainte-Féréole, le village où, adolescent, il passait
ses vacances et dont il fut, plus tard, conseiller municipal. Il a
hérité de cette maison à la mort de ses parents, dont il vient chaque
année discrètement honorer la mémoire, à la Toussaint, au cimetière
du village. Cette maison, située en plein centre de Sainte-Féréole,
est estimée à 385 000 francs. Elle est louée à un habitant du village
pour une somme modeste. «Il envoie son chèque chaque mois à
Bernadette. C'est elle qui s'occupe de toute l'intendance», sourit
une voisine. L'épouse du président de la République passe environ une
fois par an pour jeter un coup d'œil sur la maison, comme l'an
dernier, en marge de la Foire du livre de Brive. Enfin, bien que
propriétaire de biens immobiliers en Corrèze et à Paris, la famille
Chirac est également locataire d'un pavillon, rue du Bac, dans le
VIIe arrondissement de Paris. Cette petite maison de plain-pied,
d'une surface de 189 mètres carrés et dont la façade agrémentée de
lierre est cachée au regard des passants par un premier bâtiment,
ouvre sur un jardin de plus de 500 mètres carrés. L'ensemble donne
sur une série d'autres jardins: pour un peu, on se croirait à la
campagne, à deux pas du bruyant carrefour Sèvres-Babylone... Ce
pavillon s'était retrouvé au centre d'une polémique lors de
l'élection présidentielle de 1995: Le Canard enchaîné avait révélé
qu'il était loué 11 000 francs par mois à une société d'économie
mixte de la ville de Paris. Mais la famille Chirac l'occupait déjà du
temps de son précédent propriétaire. La plainte d'un contribuable
parisien pour «prise illégale d'intérêts» sera classée sans suite par
le procureur de Paris. M. et Mme Chirac sont toujours locataires de
ce pavillon aujourd'hui.


A ce loyer de la rue du Bac il faut ajouter, au chapitre des dépenses
immobilières, le paiement de la taxe d'habitation des appartements
présidentiels de l'Elysée. C'est en effet au président et à son
épouse de l'acquitter chaque année: elle s'élève à 22 000
francs. «Mais tout ce qui leur reste, c'est de l'argent de poche,
explique un ancien conseiller du président de la République. Depuis
trente-cinq ans, ils sont "logés, nourris, blanchis" par les
ministères, Matignon ou l'Hôtel de Ville.»


Un exemple illustre bien ce train de vie offert par le pouvoir: les
voitures. Sur sa déclaration de patrimoine de 1995, à la
rubrique «véhicules terrestres à moteur», le candidat Chirac avait
inscrit: une 304 Peugeot et une 205 Peugeot. La première, qui date de
1970, fait quasiment figure de voiture de collection; la seconde,
acquise en 1984, n'est même plus cotée à l'argus. Si certains
Corréziens se souviennent encore avoir vu Jacques Chirac sillonner sa
circonscription au volant de sa 304 verte, aujourd'hui, cette
antiquité, hors d'usage, a été remisée dans un garage, à Bity, à deux
pas de la propriété du président de la République. Quant à la 205
rouge, la conseillère générale Bernadette Chirac l'utilise encore de
temps à autre lors de ses tournées dans son canton. La raison d'un
parc automobile aussi modeste est simple: depuis les années 60,
Jacques Chirac a successivement roulé en DS, en CX - on se souvient
de sa «traversée de Paris» au soir de l'élection de 1995 - ou en
Safrane, autant de voitures de fonction de la République conduites
par des chauffeurs. Un avantage en nature parfaitement légitime à ce
niveau de responsabilités. Mais combien de couples de Français
affichant un patrimoine de 7 millions de francs possèdent pour tout
véhicule une simple 205 vieille de quinze ans?


Jacques Chirac a toujours largement bénéficié du train de vie du
pouvoir. Que cela soit à Matignon, à l'Hôtel de Ville ou à l'Elysée,
il a eu derrière lui de formidables machines qui ont assuré une
intendance parfaite: cuisine raffinée, déplacements tous frais payés -
il est allé une vingtaine de fois au Japon lorsqu'il était maire de
Paris - personnel qualifié... «Il faut avoir vu la valse des cadeaux
de luxe pour les fêtes de fin d'année, s'extasie un ancien
conseiller! Le président et son épouse sont considérés comme les
ambassadeurs de la France à l'étranger, alors les grandes maisons les
couvrent de présents, qu'ils redistribuent, il est vrai, autour
d'eux, pour partie...» La tradition veut également que les grands
couturiers prêtent des tenues de soirée à la première dame de France:
Dior et Chanel ont ainsi fourni une robe en satin bleu et une tenue
de dentelle noire à col blanc pour une réception à Buckingham, en
1996.


Palaces tropicaux et statuettes rares Enfin, dernier luxe du pouvoir,
les fameux fonds secrets, exclusivement perçus en espèces. Fonds
secrets de la République (400 millions cette année), dont Matignon
rétrocède une part - le montant est tenu secret - à l'Elysée en
période de cohabitation ou, jadis, crédits de la questure de l'Hôtel
de Ville, il est souvent difficile de résister à cette facilité
lorsque l'on est au pouvoir. «Pour avoir le train de vie de Jacques
Chirac, un contribuable "normal" devrait avoir un patrimoine trois ou
quatre fois supérieur au sien», résume un proche.


Alors, quelles dépenses Jacques Chirac doit-il encore régler? En
premier lieu, des vacances de luxe dans des palaces tropicaux: Saint-
Martin en 1988, île Maurice et Oman en 1992, île Maurice et Tunisie
en 1998, Maroc l'année suivante et, de nouveau, île Maurice cet été.
Ce dernier séjour de trois semaines dans une suite de l'hôtel Royal
Palm, au tarif affiché de 21 000 francs la nuit, a heurté beaucoup de
Français, y compris des membres de l'entourage du président. Et
ravivé les rumeurs: qui a payé cette note estimée à plus de 300 000
francs? Selon l'Elysée, c'est Jacques Chirac lui-même. La récente
découverte, par la justice, de trois aller et retour Paris-New York
en Concorde payés en cash, en 1993, ajoute encore au mystère qui a
toujours entouré le financement des vacances de Jacques Chirac (voir
l'encadré page 60).


L'autre passion du président demeure l'Orient. Une collection de
statuettes chinoises, achetées à des marchands parisiens ou lors de
voyages en Asie, témoigne de cet engouement. Jacques Chirac possède
notamment quelques statues en terre cuite représentant des chevaux
tang et des pièces de l'époque Han. Certaines d'entre elles ornaient
d'ailleurs une vitrine de l'accès aux salons de l'Hôtel de Ville.
Dans son bureau de l'Elysée, entre une statuette sud-américaine et un
aurochs en marbre poli, une superbe tête chinoise attire le
regard: «Song, Xe ou XIe siècle, a récemment confié le président à un
visiteur. Je l'ai achetée à Hongkong il y a trente ans. Aujourd'hui,
je ne pourrais plus, ce serait trop cher (1)». Les assurances
estiment les objets d'art et les meubles de collection du couple
Chirac à 750 000 francs.


Bernadette, elle, préfère le style Louis XIII. Bon sang ne saurait
mentir: l'épouse du président est née Chodron de Courcel, une vieille
lignée de diplomates prestigieux, qui a toujours figuré au Bottin
mondain. L'oncle Geoffroy était aide de camp du général de Gaulle à
Londres. C'est donc en large partie à Bernadette, mariée avec Jacques
sous le régime de la communauté réduite aux acquêts, que le couple
Chirac devait ses 3,5 millions de franc

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