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LE DROIT ET LA PEINE DE MORT
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GERALD TIGNER: TEXAS
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TANT QUE JE SUIS SUR TERRE

par Gerald TIGNER.


Oh oui, je sais bien que je ne suis pas un écrivain, jamais été au lycée, mais je fais de mon mieux pour que mes mots aient du sens. Voilà, j'ai 27 ans et je ne suis plus si jeune que ça...En fait, j'aurai 27 ans en décembre. De toute façon, mon âge ne compte pas.

Pendant ces six ans de couloir de la mort, j'ai vécu une vie entière en enfer et, souvent, le jour ou la nuit, je m'allonge sur mon lit superposé si déprimé que je ne peux pas fermer l'oeil. Je me demande comment je vais réagir quand l'Etat du Texas sera prêt à me tuer. Ce sentiment-là, ça me brûle tout mon coeur, mon coeur désert et solitaire. TERRELL UNIT, c'est de la merde pour de vrai. J'ai perdu des tas de kilogs depuis que je suis ici parce qu'ils ne nous donnent pas assez à manger...Nous sommes physiquement abusés et torturés...Il y a une fenêtre qui me permet de voir dehors, le monde. Ma première nuit ici, je suis resté debout en pensant et rêvant à la liberté. Je me suis endormi doucement et 45 minutes plus tard, j'ai été réveillé par la lumière dans ma cellule...Les gardes vont de porte en porte pour demander continuellement vos noms et numéros.

Ils sont repartis puis revenus un peu plus tard. Ils jouent avec la lumière, vous l'allument, vous l'éteignent comme s'ils avaient un jouet entre les mains!

Les gardes dévalent les couloir en faisant étape à chaque cellule pour hurler: "Prisonnier! Ton non et ton numéro?" Dans ces moments-là, mon cerveau me tambourine à l'intérieur avec encore plus de frustration et d'irritation additionnées à toute une vie de douleur et complètement cotonneuse.

Comment puis-je m'évader de cette folie? Ici les gardes font ce qu'ils peuvent pour conduire les détenus vers la démence, et tout ce que je peux affirmer c'est que seuls les durs résistent.

Depuis que je suis là, je n'ai peut-être eu que trois ou quatre heures de repos par jour. Mais je veux lire tout ce que je peux lire, et je veux apprendre tout ce que je peux apprendre. Tant que je suis sur terre."
Gerald TIGNER #999108
Terrell Unit
12002 F.M 350 South
Livingston, TX, 77351


Amis: L'anniversaire de Gerald Tigner tombe le 27/12 (année de naissance: 1972) Une carte d'anniversaire "Happy Birtday" qui serait également une carte de Noël ne pourrait que lui faire plaisir. Merci pour lui.




IL VOULAIT MOURIR
anonyme, Arizona.

Arthur Martin Ross voulait se suicider et nous étions d’accord pour l’aider. Mais comme, ici, un suicide assisté est illégal, nous l’avons attaché à une table la semaine dernière et avons inondé son corps d’un poison à l’aide de seringues. Nous avons appelé cela: “une éxécution”.

Cette histoire n’a guère vraiment intrigué beaucoup de monde.
Après tout, ce n’était que la troisième sentence “exécutée” cette année en Arizona et la onzième depuis que l’Etat a réinstauré la peine capitale en 1992.

Ross avait 43 ans et avait été condamné pour avoir attiré un agent immobilier de 26 ans, James Ruble, dans un bureau vide de Tucson et l’avoir abattu d’une balle en pleine tête pour, ensuite, lui dérober son argent. Ruble était un type extra, tout le monde en a convenu. Son avenir était brillant. Il a été tué brutalement, sans motif apparent.

Des motifs, ça n’existe pas. Ou presque pas. Des centaines de gens meurent ici chaque année., et tous ceux qui sont en relation avec les victimes peuvent vous dire qu’ils ne comprennent pas les raisons du crime.

En revanche, lorsqu’un criminel est exécuté, les procureurs et les hommes politiques disent que la sentence devait être appliquée afin de montrer notre respect aux victimes.

Beau raisonnement. Mais creux.

Seule une poignée de criminels qui pénètrent dans le système jusdiciaire et sont condamnés reçoivent comme sentence la peine capitale. On pourra dire ce que l’on veut au sujet de circonstances atténuantes, aggravantes, au sujet de la préméditation du crime, oui, tout, à la fin on est là face aux victimes, aux meurtriers et des degrés de punition d’une variété infinie.
Il n’y a que deux explications pour cela:
-Ou bien nous sommes sous l’impression fausse qu’une victime a plus de valeur qu’une autre.
-Ou bien, simplement, nous n’avons pas assez d’estomac pour tuer tous ceux qui tuent en y gagnant, dans le crime permanent, une moins bonne place aux yeux des âmes sensibles que ne l’ont l’Iran, la Chine, l’Irak ou le Texas...

Mais ce n’est pas ce que nous faisons. Non.

Les jurés et les juges ne choisissent pas toujours la peine de mort. Et même s’ils le font, le processus des appels prend un temps fou, et peu importe l’impatience grandissante des supporters de la peine capitale!

Et puis, tiens, voilà Arthur Martin Ross. Il aurait pu remettre son exécution à plus tard, environ trois ans de plus s’il avait juste dit qu’il désirait continuer le processus des appels. Bien au contraire, Ross a dit qu’il préférait mourir.

Au bureau du Procureur général, on appelle les prisonniers comme Ross des “volontaires”. Ils veulent mourir le plus tôt possible et non le plus tard possible, et nous décidons de leur obéir.

Pourquoi?

Pourquoi prendre la peine de perturber un cérémonial élaboré alors qu’il suffit de remettre ces gens là d’où ils viennent, dans leurs cellules, leurs chaînes et les pieds dans leurs chaussures sans lacet?

Pourquoi les laisser choisir?

Pour quelle raison laisser un criminel décider du chatiment qu’il considère comme le moins douloureux?

Il n’y a pas d’explication raisonnable. Parce que ce cérémonial ne relève pas de la notion de civilisation. Même quand nous parvenons à nous mettre en tête que c’est justifié.

La Peine de mort est condamnée d’avance tout simplement parce qu’elle ne répond à aucune question.
Elle les efface, c’est tout.

Pourquoi la peine de mort n’est-elle pas appliquée de manière équitable?
Pourquoi est-ce que nous, nous nous sentons perturbés par ces exécutions alors que d’autres n’y font pas attention?
Pourquoi est-ce que les plus féroces supporters de la peine de mort ne peuvent pas -encore maintenant- se souvenir du nom d’Arthur Martin Ross sans avoir besoin d’attraper un journal?
Pourquoi ne peuvent-ils nommer aucune des victimes des onze condamnés exécutés depuis 1992?

La nuit où Ross fut exécuté, Joe Maziarz, substitut du Procureur général, a déclaré: “Nous sommes bien d’accord: s’il change d’avis avant son exécution (!), nous le laisserons poursuivre ses appels pour demeurer en vie...”

Ainsi, c’était à Ross d’être responsable du protocole de mise à mort.

Lorqu’ils lui ont demandé s’il avait une dernière déclaration à faire, il a répondu “Mais non !”

Evidemment, Ross n’avait rien à dire parce qu’il n’avait rien à prouver. Sanglé à la table d’injection léthale et sur le chemin du ciel, le criminel était bien plus en mesure de contrôler son destin que bien des gens à l’extérieur.
Il n’a pas eu besoin d’appeler à l’aide un quelconque partisan de l’Euthanasie: il nous avait, NOUS.

Editorial publié dans le journal “Arizona Républic”.
Publié avec la permission de l’Association
CUADP (Citizens United for Alternatives to the Death Penalty)

http://www.cuadp.org

Fabian Gastellier
Les Hauts de Saint Hilaire
Menerbes - 84560
France
Fax (001133) 04 90 75 83 61

fabian.gastellier@online.fr


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Page Updated Fri Feb 4, 2000 5:48pm EST