
IMAGINER
par Nanon WILLIAMS,
Terrell Unit
12002 F.M 350 South
LIVINGSTON, TX 77351
Une lumière aveuglante font se tarir les larmes dhier.
Le soleil vient tout juste de se lever.
Un tout petit oiseau brun me regarde à travers la fenêtre, et une expression de totale stupidité avait lair dêtre peinte sur son petit visage. Vibrillonnant, il sest mis à sautiller partout à la fois et, ainsi, a gagné ma curiosité. Comme il semblait mignon, ébouriffant ses minuscules plumes devant mes yeux. Ou bien était-ce de la pure imagination?
Un sourire rare et léger est venu sur mon visage: comme cest beau de ressentir de lémotion dans un sourire! Tout ce qui était doux en moi, tout semblait avoir pris des vacances et ne plus trouver le chemin du retour. Tout à part la rage.
Comme je suivais du regard loiseau espiègle, je me suis senti flotter dans lair. En train de contempler la terre depuis un recoin caché très haut, mélevant de plus en plus haut bien au-delà des nuages blancs. La fraîcheur de lair a caressé mon visage, mais surtout pour me faire voler plus vite. De plus en plus vite, mes minuscules ailes me propulsaient très loin dans le ciel bleu.
Si je regardais en bas, je voyais le monde comme jamais je ne lavais vu. Encore tant de forêts au vert éternel à jamais perdues pour devenir des villes surpeuplées. Malgré tout, des paysages dune beauté surprenante attiraient mon attention comme je volais tout près. Hé!Regarde donc ces gens, me suis-je alors dit à moi-même, la mode vestimentaire est si pleine de nouveauté! Et regarde aussi tous ces styles étranges de coiffure!
Alors je me suis dis, mais quest-ce que je fous là? Moi aussi jai des jambes, et alors jai commencé à me balader dans les rues au milieu dune foule terriblement pressée. Bon, cest comme essayer de courir le marathon, mais en étant dans le corps dun oiseau, cest un peu comme dessayer de voler à côté dun avion!. Et puis soudain, je me suis retouvé inconscient avec une douleur atroce dans une de mes ailes.
Comme jhérissais mes plumes et me réveillais, voilà que je me suis retrouvé enfermé dans
une cage. Hé là, quest-ce quil se passe? Question stupide: personne ne comprend le langage des oiseaux...Je ne parvenais pas à comprendre pouquoi mon aile droite était emmitouflée dans tout un paquetage de tissus. Au moment où je me suis mis à faire un boucan denfer avec les sons les plus divers que je pouvais sortir de ma gorge, la plus belle femme que javais jamais vu sest amenée devant moi. Voilà quelle me parle et quelle me dit combien elle est désolée que mon aile droite soit blessée, mais avec les guibolles quelle avait, jaurais pu être blessé bien plus longtemps que ma convalescence le permettait.
Même si je me trouve dans un état comateux et douloureux, jaimerais bien savoir comment
jai atterri là. Hep, Milady, pourriez-vous mouvrir cette cage, après tout je suis un être humain! Dailleurs comment suis-je devenu un oiseau? Tout ce dont je me souvienne est
davoir contemplé un oiseau et puis, vlan, me voilà oiseau à mon tour. Jai quitté une cage pour être bouclé dans une autre. Au moins en prison, javais un lit, mais maintenant ma nouvelle cellule est rempli de graines...
Comme la cage sentrouvre, je me dis:"Bon, ça y est, Milady!" Et je mapproche de la sortie.
Alors de larges serres essayent de mattraper. Mais ces longues serres sont juste les immenses ongles de la jolie Milady. Vous direz ce que vous voudrez, mais les mains de cette femme étaient tout ce quil y a de plus confortable. Tiens, la voilà qui se met à me chanter un babil denfant, comme si jétais un enfant ou quelque chose dapprochant. Dites donc, cest à un homme que vous parlez... Mais les oiseaux ont de sérieux avantages! Tiens: toc, toc, toc: on frappe à la porte.
Milady quitte la pièce, et que croyez-vous quil arriva? Me revoilà dans la cage. Jai
limpression de navoir habité que des cages durant toute ma vie...Est-ce que le monde entier me prend pour un animal ou quoi? Bah jai des nouvelles fraîches à leur donner: je suis un être humain parfaitement semblable à eux-mêmes -peut-être pas tout à fait en ce moment dans ce corps doiseau, mais en vérité je vous le dis: je vais menvoler dici.
Au moment où Milady réapparaît, flanqué dun type énorme à lair stupide, je me dis que le
sort dun oiseau nest pas si mauvais comparé à celui dun type dans le couloir de la mort.
"Sam, pourrais-tu croire que je suis tombée aujourdhui sur ce petit oiseau mignon tout plein alors que jallais prendre ma voiture?" "Bah, ce nest pas courant, Cindy", a répliqué Sam.
Ah ah, voilà donc le prénom de la belle Milady...Et Cindy sest rapprochée de la cage une fois de plus. Tout mon corps sest ébranlé dans un sursaut dépuisement -si je puis dire! Puis jai trébuché et je me suis cassé la figure. Jamais vu un oiseau aussi maladroit, me suis-je murmuré.
Doucement, elle ma pris dans ses mains et a caressé mon plumage avec une tendre façon de
faire. Quand Cindy sest mise à reparler à Sam, jai compris que ce gros bêta était son petit ami. Quest-ce qui peut bien pousser une aussi belle femme que ma Milady à trouver un quelconque intérêt à ce tas chauve et stupide qui se nommait Sam? Tout en continuant de
parler ensemble, Sam a soudain demandé: "Quest-ce quon va faire de lui?" Enfin, de moi.
Sil avait une idée en tête, jallais probablement devenir une espèce de dîner de poulet, enfin quelque chose comme ça. Quest-ce que vous en savez, vous? Ce type vient de parler du dîner à Cindy! "Dis lui que tas pas faim, jai faiblement gazouillé, on pourrait manger des graines tous ensemble, ou autre chose, je sais pas, moi". Coup de bol, Cindy a refusé. Elle avait une excuse: est-ce que quelquun ne devait pas surveiller ce petit oiseau blessé quelle tenait dans ses mains?
Comme Sam continuait à la titiller en lui disant quils pourraient se jouer la drague au clair de lune, jai pigé que le gros type ne lâchait pas prise facilement. Jai relevé le bec et jai furieusement gazouillé: "Tarrête de taper sur les nerfs de ma Milady, espèce de gros chauve, elle passe la nuit avec moi". Après mon petit discours, jai eu comme limpression que Cindy avait compris. "Sam, a-t-elle dit, la journée a été longue. On pourrait pas remettre ça?" Sam sest tiré, bon jai eu des remords pour ce grand mec, on aurait dit quil avait une bassine de transpiration qui, soudain, coulait de sa tête. Cétait un type constant, alors il mérite un 20 sur 20 pour leffort quil a fait.
"Maintenant, a dit Cindy, toute mon attention test entièrement dédiée. Pour la nuit entière."
A force de regarder ses yeux qui vous hypnotisaient, jétais sous son sort "Un oisillon si
touchant", a-t-elle murmuré. Bah tu devrais me voir en vrai, ai-je pensé. "Et comment
va-t-on tappeler, petit oiseau, a continué Cindy. Jasper?" Ciel, non jai pensé, est-ce que je donne limpression dêtre une pierre précieuse? "Et pourquoi pas Karen?", a essayé Cindy.
En bondissant avec férocité, jai répliqué: "Je ne suis pas une fille, Milady, mais un homme. Un adulte, qui plus est." Je pense quelle avait capté ma peur, alors elle a décidé de mappeler Tyrone. Jai un nom. Mais alors, tout est meilleur que dêtre pris pour une fillette. Je veux dire, il y a des tas de gays dans le monde, bon, mais je nen suis pas un. Alors on fait avec le, surnom de Tyrone, ça me faisait un nom dhomme de toute façon.
Après mavoir promené dans toute la maison -une belle maison, qui ressemblait bien à Cindy- elle ma demandé: "Tyrone, sais-tu quelle chance tu as? Tu nas pas à te préoccuper de factures, de problèmes sentimentaux ni même dessayer de trouver du travail." Est-ce que cette femme est dingue, ou quoi? Est-ce quelle sait de quoi elle parle, ou simplement de la moitié de ce quelle avance? Jétais dans le couloir de la mort, derrière des murs de prison et soudain je me suis retrouvé en train de voler dans des cieux amicaux... Encore heureux quil ny ait pas de faucons par ici, je me serais vite transformé en déjeuner! Par ailleurs, je vois des hommes tous les jours dans la prison, alors jai pas tellement envie de my retrouver vite.
Puis voilà que jai une aile brisée. Alors, sil vous plait Milady, me dites pas que jai de la chance!
"Je dois être folle de parler à un oiseau" a dit Cindy. Ouais, tu dois lêtre, ai-je pensé. Et pourtant, elle avait tellement lair dêtre douce et bonne... "Bon, cest lheure de faire dodo", a-t-elle gazouillé à son tour. Elle va arrêter ce babil de môme très vite, hein! Et voilà quelle me remet dans ma cage et que ça me rappelle les heures de supplice quand les portes de la prison se fermaient. Assis dans la cage, je me suis demandé ce quun véritable oiseau solitaire pourrait bien faire. Si jétais un perroquet, je pourrais parler anglais et lui demander de me laisser la télévision pour la nuit. Malheureusement, tout ce que je sais faire, cest gazouiller.
Sentant le sommeil venir, la seule chose à laquelle je pouvais encore penser cétait de savoir comment javais fait pour devenir ce petit oiseau brun avec son aile cassée..
"Williams, debout! Williams, debout!, hurlait linfirmière. Voilà tes médicaments." "Mais
quels médicaments, Cindy ?", ai-je faiblement répondu. "Appelle-moi infirmière", a dit la dame.
"Mais pourquoi est-elle fâchée, Sam?", ai-je imploré. Et puis jai regardé autour de moi et, de nouveau, jétais dans ma cellulle. Muet de peur, jai pigé que tout ça n'était qu'un rêve, un rêve avec linfirmière et le gardien. Et mon imagination.
Après jai appelé Cindy- je veux dire linfirmère- pour lui poser quelques questions au sujet des médicaments. Elle ma dit que je métais cogné la tête en jouant au Basket et que jai été victime dune sévère commotion cérébrale.
De nouveau assis dans ma cellule, le soleil sest mis à se lever et un petit oiseau brun a gonflé son plumage tout en me regardant à travers la fenêtre. Bouffant toute mon attention, une fois de plus. Et une fois de plus mon imagination la suivi dans le ciel.
Nanon WILLIAMS
#999163
Ellis Unit
Hunstiville, Texas 77343, USA

VERS L'HORIZON
par Nanon Williams
Pemier jour d'Octobre, jamais je n'oublierai.
Lui, ses yeux de lumière brune
Quand il s'est assis avec sa solitude,
Avec sa mort, à quelques heures de là.
Avec majesté, devant ses assassins,
Il a préservé l'amour et l'espoir, immense sans possibilité de finir,
Bien qu'opprimé, torturé
Et jeté en prison comme un animal.
Celui qui n'a pas répandu la haine existe,
Déjà le voilà sur le champ de bataille.
Et pendant que le combat se joue,
C'est là, je le crois, qu'est née notre amitié.
Puis, après qu'il s'en soit allé,
Je me suis réveillé au coeur du crépuscule.
Dans ma tête, silencieuse, la douleur hurlait
Comme si je sentais couler sur mon visage des pleurs à jamais tatouées.
La raison? Sa mort aussi peu naturelle.
Comme tombait la nuit,
J'ai observé l'ultime rayon du jour
Rebondissant sur les barbelés.
Et j'étais là où je l'avais vu debout,
Si gracieusemement en rang,
Comme vont les soldats
Qui marchent au pas, là-bas, vers l'horizon.
Dédié à Dwight Adanandus -1/10/1997-
Nanon Williams #999163
Ellis Unit
Huntsville
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