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DERRIERE LES BARREAUX
Richard Rossi
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LE DROIT ET LA PEINE DE MORT
LE DROIT ET LA PEINE DE MORT 2
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NE MOFFREZ PAS LA VIE
Par Richard Rossi
Couloir de la Mort, Florence,
ARIZONA
Depuis que je suis un prisonnier du couloir de la mort, on peut trouver bizarre de mentendre dire "ne moffrez pas la vie".
***
Par là, jentends ce que lon appelle ici "la vie sans parole" (LWOP). Jen connais dans ce couloir qui seraient en total désaccord avec moi, tout comme peut lêtre lensemble du mouvement abolitionniste. Simplement, écoutez-moi.
***
Jen connais peu parmi nous tous qui ne partageraient pas lhypothèse première comme quoi la peine de mort est une aberration. La peine de mort ne tient en aucune façon compte dun changement ou dune réhabilitation. Elle va son chemin, méprisant tout cela, se faisant le porte-parole dune société qui considère que le but de lincarcération a balayé toute idée de réhabilitation au profit de la pure vengeance, de la pure revanche. Sans soccuper de la sentence même. Des unités de sécurité ont très rapidement remplacé les prisons aux structures conventionnelles et ont créé un environnement denfer/mement qui donne comme une impression denfer...et sont parvenu à abolir tous les privilèges dont nous pouvions jouir. Nous rendre infirmes est devenu la stratégie de la pénologie des temps modernes. Cette politique signifie seulement quil ny à rien à sauver dans un individu, et voilà pourquoi les prisonniers sont juste bouclés dans leurs cellules 23h sur 24, conditions de vie qui leur ôtent la plus élémentaire marque dhumanité.
***
Auparavant, lalternative à la peine de mort était lemprisonnement sans parole pour 25 ans. Même si un quart de siècle en prison est affreusement trop long, lespoir demeure. Lespoir permettant de changer et de réduire loisiveté, les abus, la négligence et toutes sortes dattitude de revanche. Là où il y a lespoir, il y a la vie.
***
Ceux qui nont pas connu la prison ne pensent pas souvent à ce que signifie: vieillir derrière des barreaux. Malgré tout, la génération de la population pénitentiaire qui grossit le plus rapidement est celle des gens âgés. Cela provient dun calcul de stratégies en matière de sentences appliquées, comme par exemple les lois "Truth In Sentencing" qui vous privent du droit de parole et exige que 85% de la peine soit purgée. Avec les Etats suivant cette politique, la monnaie déchange du Gouvernement se chiffre en millions de dollars. Des dollars qui serviront à construire de nouvelles prisons -dont les fameuses unités de sécurité. De la même façon tout jugement contraignant pour de nombreux délits ne permet pas aux juges davoir le moindre pouvoir discrétionnaire sur le type de peine décidé dans la mesure où il sagit avant tout dappliquer une sentence. Tout cela a fini par créer un groupe de personnes âgées qui ne cesse de grandir, et, avec la pauvreté des soins médicaux à lintérieur des prisons, la perspective de détecter de sérieux symptômes avant quils ne deviennent malins ou carrément au stade de la phase terminale est particulièrement faible.
Jai personnellement vu, en prison, six hommes mourir lentement et dans datroces douleurs parce que, dans la plupart des cas de ce genre, la lenteur des diagnostiques peut être fatale quand il ny a pas carrément absence de diagnostique faute davoir un personnel qualifié. Plus que faible, si lon considère que lon nadministre aux prisonniers que des analgésiques bénins par peur de la moindre dépendance. Le personnel qui fournit lassistance médicale, généralement des infirmières médicales, sécartent rapidement du niveau de compétence requis, et cette compétence revient à des médecins traditionnels.
Additionnez cela avec les sévères coupes dans les fonds, résultant de la restriction générale du budget alloué aux demandes et nécessités dune population de plus en plus ample de prisonniers âgés, et vous obtiendrez inévitablement un taux de détection et de soins en souffrance. Vieillir en prison, et tout particulièrement mourir dans datroces souffrances, est un destin plus cruel encore quune rapide exécution.
***
Jespère que ce que jécris va servir à éclaircir quelque peu la situation ordinaire qui est la nôtre. La combinaison de sentences longues, de règles qui nous rendent infirmes, de punitions et revanches avec, en plus, un manque patent dassistance médicale adéquate aboutit à une vie insupportable. Prenez en compte quavec ce que jai dit plus haut, vous avez également le total manque despoir qui accompagne toute personne condamnée à la prison sans le droit de parler, alors là vous avez un être humain qui na plus rien à attendre de la vie et na plus de raisons de vivre.
***
Je ne connais personne qui souhaite mourir vieux, seul, strictement bouclé dans sa cellule. Et malgré tout, ceci est une mode nouvelle et alarmante. Il y a plus de 3500 personnes dans les couloirs de la mort, mais il a plus de 20 000 prisonniers qui subissent la LWOP -emprisonnement sans droit de parole. Une sentence de mort plus dure et plus cruelle que le caractère définitif dune exécution. Encore une fois, je parle en mon nom personnel.
***
Quand une société ferme les portes et jette les clefs, cela signifie quune vie humaine ne vaut pratiquement rien, voire rien du tout. Si nous sommes une société Chrétienne, comme nous espérons lêtre, où est passée cette notion comme quoi Dieu était présent dans chaque être humain? Que quelque chose de bon pouvait être trouvé dans chaque personne? Que chaque individu est un être de prix et de valeur à qui lon doit respect et humanité sans même prendre en compte la gravité des fautes commises voire même sa conduite envers les autres? La marque profonde dune vraie société réside dans sa façon de traiter les prisonniers et les miséreux. Nest-ce pas un crime plus grand que dabandonner toute humanité et de faire une croix sur nous, prisonniers?
***
Les abolitionnistes qui voient en la LWOP une alternative acceptable aux exécutions ne se rendent pas comptent quils participent fondamentalement à lapplication dune peine bien plus cruelle et dure pour un être humain que la franche et nette exécution.
***
Ne soyez pas déçus et ne perdez pas votre temps précieux, votre potentiel defforts, de ressources en apportant votre caution à une punition qui est pire que la mort, qui prolonge les souffrances pour le reste de la vie du prisonnier. Un monde sans espoir. Restez fermement ligués contre la peine de mort, mais ne permettez pas à la société de se laver les mains à la Ponce Pilate en ordonnant plus de sentences LWOP comme alternatives possibles.
***
Alors, oui, je vous le dis encore: ne moffrez pas la vie. Une vie sans espoir . Parce que nous avons tous notre part dhumanité et de dignité et que nous ne méritons pas dêtre mis au rebus comme si nous nétions que des déchets humains.
Richard ROSSI#50337
ASPC Eyman -G.42
P.O Box 3400- FLORENCE, ARIZONA
85232 USA

LA MALADIE DE LA MORT*
Par Richard Rossi,
Florence -Arizona.
Manquer de temps et courir après.. Quand un verdict de condamnation à mort tombe sur quelquun, vous ne pouvez pas vous empêcher de vous dire: quand? Quelques maladies graves peuvent être miséricordieuses: elles sont rapides quand dautres sont débilitantes et trop lentes.
***
Ce combat des chercheurs scientifiques pour trouver de nouveaus traitements, leur façon de se lancer dans un sprint contre la montre.. Largent nest pas leur but. On essaie de trouver des vaccins propres à immuniser toute une société des maladies menaçant la vie de chaque être humain. On déteste à cracher de la haine les heures de souffrance qui sont le lot commun du processus de la mort. On regrette, on est désespéré de ne pas pouvoir enrayer cette mort douloureuse, mais le combat est perdu davance: il sagit de souffrances que lhomme ne produit pas. On combat passionnément et avec une tel amour de la vie!
***
Mais il existe une autre sorte de mort, une autre sorte de cancer. Et ceux-là, lhomme les produit.
***
Nous appelons ça la Peine Capitale. Cest le plus terrible et le plus cruel des maux. La plus douloureuse et atroce façon de mourir. Lêtre humain atteint de la Peine de Mort va devoir souffrir une éternité. Lattente, la solitude, les reports, linanité, la perte de toute dignité sont autant de facteurs qui, en se combinant, créent lexistence la plus douloureuse quil soit possible dimaginer. Et pour cela, il nexiste pas danalgésiques.
***
Le plus triste face à cete maladie, cest quil existe un remède. Un remède qui ne demande pas des bataillons de chercheurs pour trouver la solution-miracle. Cette solution, elle est connue depuis toujours. Tout ce que cela demanderait, cest un mélange savant de sens commun, damour, de conscience. Alors nous naurions plus cet épuisement de lesprit humain par la punition. Cette punition qui permet seulement aux êtres humains de s'asseoir là et de mourir lentement, lentement comme pendant trente années dans le Couloir de la Mort. Chaque jour mourant un peu plus...
***
On a honte dapprendre que des animaux vivants sont utilisés pour la recherche scientifique.
Nous condamnons toute douleur inutile subie par ces animaux dans les laboratoires dexpérimentation et qui ne peut quentraîner leur mort. Nous hurlons pour que ces pratiques cessent.
Mais quest-ce quun homme? Nest-ce pas aussi important quun animal?
Si vous pouviez seulement connaître la souffrance endurée dans cette unique façon de mourir à petit feu, là, dans les couloirs de la mort, alors peut-être pourriez-vous crier aussi, et aussi fort afin que dautres vous entendent. Alors peut-être vous lèveriez-vous pour demander que lon applique le remède. Il sagit simplement de dire: NON!... Assez de démence..
Mais quand mettrons-nous un point final à cette quête de pure revenche?
RICHARD ROSSI#50337
Death Row
PO BOX 34000 Florence
ARIZONA 85232- USA
(avec toutes les excuses de la traductrice pour cet emprunt
à Marguerite Duras qui aurait,dailleurs, été daccord.)

PASSENT LES JOURS
par Richard Rossi.
Latmosphère, lair lui-même, ont été infiltrés de terribles sursauts de stress et dincertitude.
On ressent comme de lélectricité dans lair. Une tempête prête à sabattre sur nous.
Les diables veulent manger et nous sommes mûrs pour la cueillette.
Nous le sommes daileurs toujours. Nous sommes des cibles faciles. Nous sommes simplement sans défense aucune. Il ne sagit que dune simple question de temps avant que lincendie ne se déclare réellement. Une façon à eux dêtre certains que nous ne nous risquerons pas à perdre une relative sympathie pour ce quils viennent de faire, à linstant, à un autre prisonnier. Une fouille importante des cellules sannonce.
***
Il y a un block -le block 6- où 10 inadaptés ont été placés.
Ce block est juste à côté du mien, le block 5. Les hommes du block 6 sont là parce quils ne se sont pas habitués aux règlements de lUnité de Contrôle. Et ce block, cest leur dernier recours.
Même si nos cellules sont identiques, il existe des règles plus rudes pour ces hommes, voire cruelles. Surtout lorsquon les sort de cellule sous nimporte quel prétexte. Ils doivent rester entièrement nus et lon fouille leurs vêtements avant de les leur rendre afin quils se rhabillent et on leur passe des menottes avant leur sortie. Il est évident que ces hommes se foutent complètement de la police et de ses lois.
Hier, lun dentre eux se trouvait dans la cour réservée aux exercices physiques. Quand il a été sommé de tendre ses poignets pour être menotté puis escorté jusquà son block, il a tout simplement refusé. Les gardiens se sont aperçus que ce type avait un couteau, probablement fabriqué par lui-même. Cest dur de comprendre quil ait pu avoir ce couteau alors quil avait été fouillé de fond en comble avant de quitter sa cellule...
De toute façon, quand il leur a dit Non, une alerte a été donnée par radio comme quoi il y avait un problème avec un prisonnier du block 6 qui refusait de se faire menotter et dont on pensait quil possédait un couteau. La milice des urgences a été appelée. Six ou huit policiers se sont également postés sur le toit avec vue directe sur la cour. De forts aboiements nous ont indiqué clairement que la meute de Bergers Allemands dressés à lattaque allait rappliquer aussi sec.
***
Quand ils ont compris que lhome nallait pas se soumettre à leurs volontés, lordre a été donné de lui envoyer un gaz sur le visage. Du gaz lacrymogène ou bien ce quon nomme le Brouillard Israélien a dû être utilisé.
Tout ça sest passé tandis que je méveillais. Je métais assoupi. Je nai pas été réveillé par le bruit, mais plutôt par la fumée résiduelle du gaz qui sinfiltrait dans le système de ventilation et atteignait tout le monde jusquau cinq autres blocks.
Jai commencé à suffoquer et à tousser. Je me suis rendu compte quon était en train de lancer du gaz sur quelquun.
Mes yeux se sont alors mis à pleurer. La meilleure façon de se tirer dun coup pareil, cest de prendre un torchon, de le tremper et de sen couvrir le nez et la bouche. Cela ne stoppe pas le gaz, mais en réduit considérablement les effets nocifs.
***
Sans doute le prisonnnier a-t-il été maîtrisé. Mais pendant toute lheure qui a suivi, nous avons continué à souffrir des émanations de gaz. Quand vous êtes enfermé dans une cage, comment pouvez-vous fuir pareilles agressions? Vous nêtes quune proie captive et vous souffrez inutilement.
***
Comme résultat, le seul privilège que nous avions, à savoir: sortir de nos cellules une fois par semaine pendant 30 minutes -le temps quils nettoient cellules et block- nous a été supprimé.
Est-ce quil y a une logique là-dedans? Vous avez le droit de vous demander: mais pourquoi est-ce quils font ça? Cest tout simplement de la vengeance. Chacun doit payer pour ce que lautre a fait.
Alors voilà: maintenant nous ne sortons plus de nos cellules, sauf pour les exercices physiques et la douche trois fois par semaine. Maintenant nous sommes également assujétis à une fouille corporelle soignée avant de faire les quelques 400 mètres qui nous séparent des douches.
Pouvez-vous imaginer cela? Non. Vous ne pouvez avoir aucune idée de ce que signifie se mettre nu devant tout le monde à chaque fois que vous quittez votre cellule. Jappelle cela de la déshumanisation. On vous vole votre dignité élémentaire. Et si vous nobéissez pas, vous ne sortez pas de votre cellule pour ces fichues 15 minutes de douche.
Cest un peu miraculeux quil existe quelques hommes capables de se rebeller contre pareilles agressions, et ce même si le résultat est connu davance pour ne porter aucun fruit.
Cest juste une réaction contre la folie. Et tôt ou tard, vous deviendrez fou vous-même.
Bienvenue en prison...
Richard Rossi, octobre 1999,
ASPC Eyman, G. 42, PO Box 3400
Florence, Arizona 85232

A LAMI QUI EST PARTI
par Richard Rossi
Mercredi dernier, un homme a été exécuté ici. Cétait la septième exécution de lannée, un record pour lArizona.
Cet homme avait passé 21 années dans le couloir de la mort. Une abomination. Il
avait en fait purgé une longue peine de prison, puis on la exécuté.
Cétait un ami., et je nemploie pas ce terme à tout propos.
En prison, nous navons que très peu damis. Tout le monde joue la carte du chacun pour soi. Mais dès le premier jour où jai marché dans ce couloir, il ma serré la main et ma accueilli. Il ma pris sous son aile, comme on dit. Javais beaucoup à apprendre puisque jatterrissais pour la première fois dans ce monde. Et lui ma appris beaucoup, surtout au sujet de ce que lon nomme être reconnu coupable.
Il portait ses propres fautes en lui, comme nous tous, mais il était lami sincère, lami le plus proche de la sincérité que jaie jamais rencontré en prison.
Quand jai repensé à lui, la nuit dernière, jai pleuré. Les larmes coulaient lentement sur mon visage; je ne pouvais en stopper le flot et voici quelles reviennent alors que jécris ces lignes.
LArizona a procédé à 17 exécutions depuis le restauration de la peine capitale, mais aucune ne ma autant affectée que celle-ci. Mon esprit perd le fil de la raison quand jy repense.
Je ne sais pas pourquoi je vous en parle... Je nattends aucun écho de sympathie ou de commisération en réponse. Cest une sensation tellement étrange, une sensation de solitude intense que jéprouve.
Mon ami était très religieux. Il pouvait citer les Ecritures Saintes et prier Dieu tout au long dune journée. La dernière fois que je lai vu, il ma expliquer être presque sûr que Dieu le sauverait de lexécution. Là, je crois, il y a eu erreur. Peut-être que Dieu la sauvé en le menant au Paradis, mais il ne la pas sauvé des griffes des bourreaux, ici, sur Terre.
***
Ce qui mattriste terriblement, cest quil y a, ici, un nombre incroyable de types biens qui ne feraient pas de mal à dautres sils pouvaient rejoindre la société. Quel gâchis dexistences humaines! Et puis je suis certain que mon ami a réalisé, après 21 années dattente, que lorsque vient la fin, elle vient vite. Elle anéantit les années dattente en une myriade dimages qui flottent dans notre esprit quand surgit la conscience que ce que lêtre humain a pris pour de la vie ce qui nétait quinutilité.
Voilà de quoi il sagit, de cela seulement, de cette réalité du néant, lorsque vous nêtes quà quelques heures ou minutes du moment où un poison va vous envahir et vous voler tout ce pourquoi vous avez lutté afin de rester vivant pendant tant et tant dannées, et ce malgré les souffrances endurées.
Il ny a ici aucun message secret ni réflexion profonde. Juste lobservation que quelque soit votre intelligence, quelque soit la beauté qui est en vous, la vie se mesure uniquement dans les ultimes secondes qui vous séparent de la mort.
Et faites tout ce que vous pouvez faire, ces ultimes secondes, vous ne pourrez les partager avec personne.
Parce que ces dernières petites secondes de vie ne doivent être considérées que comme ce que lon appelle "un temps mort".
Pour Ignacio Ortiz, 27/10/99
novembre 99, Richard Rossi 50337
PO Box 3400
Florence, AZ, 85232.
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Richard Rossi, page 2
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