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DERRIERE LES BARREAUX
Richard Rossi
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LE DROIT ET LA PEINE DE MORT
LE DROIT ET LA PEINE DE MORT 2
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PAS UN GRAMME DE PUDEUR
par Richard Rossi.
Grandir dans les années 50 navait rien à voir avec la vie
daujourdhui. Peut-être que le mot "désuet" peut, le mieux, décrire cet écart. Lunité de la famille prévalait sur tout; et vous ne voyiez que fort rarement des familles monoparentales. Les valeurs de cette famille servaient de calendrier aux jours. On vous apprenait le respect et la décence aussi bien que la valeur de toute vie humaine.
A lécole, lhistoire était enseignée avec une emphase non ménagée pour prévenir la société de ne pas répéter -ou faire, tout simplement- les erreurs du passé. On ne nous cachait rien de la violente et barbare nature humaine. Comme cétait affreux dapprendre que les Romains jetaient leurs esclaves et leurs criminels dans la fosse aux lions; que des hommes devaient saffronter entre eux jusquà ce que mort sensuive. Puis venaient les Croisades, les guerres de religion, les guerres mondiales et tant dautres crises où se développaient des actes totalement dénués de sensibilité mais pleins de violence et de mort. La misère et la folie avaient visité lespèce humaine entière! Les pendaisons, les pelotons dexécution, la guillotine. Tous ces exemples macabres du passé se devaient de nous donner une leçon. Plus sûr, encore, une telle leçon ne prévoyait pas dinjecter en nous la prédilection pour une telle adhésion au goût du sang.
Au fil des ans, jai compris que fort peu de choses changent vraiment dans ce monde.
Nous sommes coupables, dans cette société, pour avoir permis à lhistoire de se répéter. La technologie de pointe nous permet de tuer avec efficacité plus de gens quauparavant. Nous utilisons des avions téléguidés et laissons tomber des bombes télécommandées.
Cest un immense jeu vidéo. Plus la technologie devient sophistiquée, plus nos critères de pudeur sécroulent et nos ennemis nont bientôt plus de visage. Pourtant, lorsque
nous en revenons aux exécutions, nous préférons leur redonner la saveur du "bon vieux temps".
Quest-ce qui nous pousse à renvoyer les méthodes déxécution à nos plus
barbares époques?
Examinons la façons dont nous exécutons les nôtres -nous les pendons, nous
les fusillons, nous les gazons et nous les électrocutons. Nous empoisonnons aussi
des personnes, mais il parait que ce soit la méthode la moins en vogue. Avec notre
soif de plus en plus accrue pour le châtiement et la vengeance, nous sollicitons
plus déclats pour nos ruades. Après tout, nous le méritons, non? Nous ne voulons
pas être dupés, nous réclamons le prix de notre kilo de viande. Pour être sûrs
de ne pas être trompés, nous écrivons de nouvelles lois pour hâter la disparition
de ceux dentre nous que nous considérons comme "inutiles et bonnes à rien".
Comme nous aimons ce sport sanglant! Vraiment, peu de choses ont changé.
Si vous ne me croyez pas, alors observez les récents événements de Floride.
Combien de fois "Old Sparky"- cette vieille chaise électrique- a-t-elle connu
de mauvais fonctionnements enflammant des visages et provoquant des écoulements
sanglants du nez avant que lon en finisse avec elle? Mais à la place de ressentir
de la honte pour ces grotesques exhibitions de cruauté pure, les politiciens restent fidèles à leur habitude de nourrir lhystérie du peuple de Floride. Ils sattirent
la lumière des spots en se gargarisant de ce que des dysfonctionnements peuvent,
à tout moment, tomber sur nimporte quel condamné, puni pour un crime commis dans
lEtat. Que vous pouvez à votre tour, un jour, mourir dune façon tout aussi effoyable, horrible et douloureuse. A mon sens, il y a là un léger manque de pudeur.
Récemment, lorsque Lee "Tiny" Davis a été exécuté sur la chaise électrique de
Floride*, il a tellement saigné du nez que sa chemise a été rapidement couverte
de taches de sang. LEtat de Floride a récemment déclaré que les dysfonctionnements
du passé ne signifiaient pas que "lusage de la vieille "Old Sparky" était un
châtiement cruel ou inhabituel**". Loutrage subi par Leander Smith, membre de
la Cour Suprême, qui, une fois encore, avait été témoin dune nouvelle exhibition
de ce quil nommait une cruauté barbare, fut de la même nature. Il fit en sorte de
faire publier trois photographies du cadavre de Davis sanglé sur la chaise électrique,
sa poitrine éclaboussée de sang, afin détablir la preuve que Davis avait bel et
bien été "brutalement torturé à mort". Smith ne voulait rien dautre que montrer
lindécence de ce cirque.
Les citoyens furent furieux et assez amal à laise à cause de ces photographies de lexécution. Mais pas du tout pour les raisons que Smith prévoyait. Ils nétaient pas choqués, ces gens, de contempler des photographies qui montrait une sorte de Grand Guignol dune exécution-boucherie, non, ils étaient bien plus inquiets de savoir ces photographies publiées! Ils demandaient à ce que bien plus de photographies soient exposées. Quel manque de pudeur, certes, mais bien plus troublante est la terrible maladie endémique dune société soudain si fière.
Une femme a criblé de-mails la Cour pour dire combien ces photographies étaient
"magnifiques". On ne peut déduire de cela que nous sommes tous tombés dans
lobsession de notre jeu avec le sang. Comme si nous avions obtenu dun droit
divin le pouvoir dinfliger autant de sang, de souffrance et de douleur que possible
à ce pourcentage de la société que nous nommons "monstres du couloir de la mort".
Comme sil existait un gavage hystérique poussant depuis la barbarie même des
exécutions-boucherie. Plus le spectacle et la douleur seront intenses, plus
dadorateurs viendront.
Ainsi que je lai dit au début de ce texte, for peu de choses changent à travers les siècles et nous apprenons mal les leçons dhier. Nous tuons au nom de la loi ou de lordre au prix dun lent abandon de toute décence, de toute pudeur. Après tout, quelquun doit payer pour les maux de la société. Au même moment nous ne pouvons
pas nous expliquer pourquoi nos gosses emportent des armes dans leurs écoles et se mettent à tuer tant dêtres leur ressemblant. Se pourrait-il que ce soit parce que
notre jeunesse prend ses leçons à travers les exécutions que la vie humaine,
soudain, aît si peu dimportance, de valeur, et que le sens de la pudeur
soit perdu? Personnellement, je le pense.
Richard Rossi, 50337
ASPC Eyman -G.42
PO Box 3400
FLORENCE, ARIZONA, 85232 - USA. Janvier 2000.
NOTES: * =La chaise électrique où Allen Lee Davis a été
exécuté nétait plus "Old Sparky"
** = Richard Rossi fait, ici, mention du Huitième Amendement, selon lequel on ne doit pas
user dun châtiement cruel et inhabituel. (ndlt)

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