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Jimmy Dennis
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Richard Rossi
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LE DROIT ET LA PEINE DE MORT
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A peu près de la même façon que lon fabrique des remakes des films anciens, et que lon en mesure laudience aux bénéfices tirés de leur premier week-end, les nouveaux candidats à la Présidence des Etats-Unis deviennent des sujets dévaluation selon les sommes sonnantes et trébuchantes de leurs caisses de campagne. Cette expression aussi laide quarchaïque peut servir à aider à définir dautres termes insipides tels que "crédibilité", "valeur électorale" ou encore "reconnaissance du nom", terminologies qui sont devenues attachées à la première, presque de façon subliminale.
Dans bien des cas, le fait dévaluer grossièrement ce que lon nomme le "cash-flow" est aussi important dans les décisions qui portent sur le choix dun candidat que dans le choix du public devant les offres cinématographiques des salles multiplex. Vous pouvez tout aussi bien voir le film le plus nul que tout le monde a vu, ou bien exprimer votre intérêt quant à linsupportable lumière quest le "favori": cela vous mettra en position de ne pas être un plouc dans les dîners.
Les coûts dissimulés dans ces comptes, hélas, incluent la disparition immédiate de toute faculté critique. Je suis tout aussi enthousiasmé que Monsieur Tout le Monde par les liasses de billets rassemblés pour George Walker Bush. (entre parenthèses: quest-ce quil a fait pour être rasé à la naissance de son nom dHerbert?) Mais je suis bien plus effondré par le fait que, tandis que jécris cet article, cet homme est en train de signer son 93ème mandat dexécution. Le jour de son intronisation en tant que Gouverneur, il y avait une exécution, que je ne peux lui imputer, et puis il y en a eu à peu
près une toutes les deux semaines et demie.
Une large part du travail dun Gouverneur consiste à réétudier les cas où la peine de mort est requise. Lahurissant nombre dexécutions au Texas me fait penser que:
-soit George Bush fait quelques petites choses sauf létude minutieuse de ces cas,
-soit George Bush na eu de cesse de signer des mandats dexécution aussi vite que ceux-ci
pouvaient atterrir sur son bureau.
Il faut croire que cela laide aussi à gagner cette si nécessaire "expérience de la politique étrangère" au sujet de laquelle les experts nont pas manqué de lui faire les remarques désobligeantes habituelles. Des officiels du Guatémala et des Philippines ont fait la visite guidée des chambres pour injection létale de tous les Etats-Unis, signalant quils faisaient des recherches personnelles sur les méthodes les plus améliorées. Selon Amnesty International, un officiel Philippin aurait même eu le
privilège dassister à la mise à mort dun individu au Texas en 1997.
Lépineuse question du racisme -toujours un champ de mines pour les Républicains qui aspirent à la Présidence- trouve là aussi une issue inattendue. Bien des gens se souviennent de laffaire Karla Faye Tucker, chrétienne "re-born" qui fut, avant, deux fois meurtrière à laide dune pioche. Elle avait montré -au moins à travers les critères du fondamentalisme chrétien- de nombreux signes de réhabilitation intérieure. Le Gouverneur Bush la brutalement supprimée en février 1998 malgré les protestations
de Pat Robertson et de bien dautres.
Mais aurait-il commué la sentence de Karla Faye Tucker, voilà Bush aux prises avec lexécution dune femme de "race" Noire, Erica Sheppard, qui était la suivante sur la liste des femmes dans le couloir de la mort et avait laissé tomber ses appels. Epargner une si photogénique femme de "race" Blanche puis tuer une provocatrice Noire? Mieux valait se débarrasser des deux et les ôter du "couloir" ensemble. (Depuis, Sheppard a retrouvé sa force de combattre et de faire appel et a récemment fait partie dune manifestation interne contre la fouille corporelle des condamnées devant les gardiens masculins, autre trait caractéristique du système pénitenciaire Texan.)
Puis viennent tous les aspects touchant à la "communauté de foi" -appelez cela comme vous
voudrez. Le Gouverneur Bush a suggéré que la sécurité de la société soit maintenue par les valeurs de la communauté Chrétienne, et il espère faire de ces atouts de lumière ses auxilaires pour en finir avec un bien-être quotidien dont nous savons tous,encore, ce qu'il est. Cest la tarte à la crème du chrétien baptiste dont on nous rebat les oreilles depuis que Théodore Roosevelt a parlé de remettre dans les mains de larmée du Salut la protection de la nation américaine.
Seulement voilà: cela donne naissance à un éventuel conflit intéressant. Au moins 28 des groupes religieux les plus influents de ce pays se sont déclarés ouvertement abolitionnistes. Ce nest peut-être pas le meilleur moment de leur demander de sassocier à cette gogo-charité au nom dun homme qui se targue de se faire de la pub avec les exécutions et de les décider au gré des sondages.
Voici certains cas qui sont des étoiles oubliées de cet Etat pour que vous vous fassiez une opinion:
-un homosexuel déclaré, Calvin Burdine, a été condamné à mort après avoir eu "laide" dun avocat doffice qui a parlé des homosexuels en les nommants "gays" ou "tapettes" et qui sest endormi pendant le procès.
-En 1998, deux condamnés texans ont été exécutés pour des crimes commis lorsquils avaient 17 ans. (La même année, parmi les 70 mineurs au moments des faits que lon pouvait recenser dans les couloirs de la mort des Etats-Unis, le Texas en comptait 26)
Puis viennent les cas de Joseph Cannon et de Robert Carter, qui, tous deux, avaient souffert de blessures à la tête lors de leur petite enfance, avaient été lobjet datroces maltraitances physiques plus tard et avaient été considérés comme relevant dun handicap mental abyssal. Le Texas les a exécutés quoi quil en soit, violant de fait les critères internationaux reconnus par le monde entier, qui interdisent la peine de mort pour les mineurs au moment des faits, passant aussi allègrement par-dessus la supposition que lassassinat légal des malades mentaux ou des handicapés mentaux nest pas quelque chose de tout à fait formidable.
Vous ne souhaitez probablement pas connaître combien la présentation des preuves par lEtat a été faite le plus sommairement possible, combien lavocat commis doffice fit un travail de dixième ordre et surtout comment la phase finale a été lamentable. (Laiguille nécessaire à la très humaine injection létale a littéralement explosé du bras de Joseph Cannon au moment où la "procédure" a commencé, on a viré vite fait les témoins, puis on les a rappelés afin quils puissent assister à un essai plus conclusif.)
Peut-être vous demandez-vous si la peine capitale est appliquée au Texas de façon inégale, en raison de la "race" et de lorigine sociale? Ne vous perdez pas en conjectures: lisez seulement le rapport dAmnesty International: "Tuer avec des préjugés"*.
En fin de comptes, lhomme qui attend son exécution pendant que jécris -Larry Robison- est un schizophrène paranoïde qui, avec toute sa famille, na pas cessé de réclamer des traitements appropriés à son état gravissime avant de craquer. LEtat qui a failli à sa mission première, à savoir: le soigner, la maintenant- à des prix qui dépassent de loin ceux que son traitement nécessitait- enfermé dans le couloir de la mort et va le faire disparaître aux bons soins des taxes du contribuable.
Pourtant, bien des gens ne peuvent mentionner que deux choses à propos de George Bush: sa
corpulence extrême et son choix du "conservatisme compassionnel". Voilà lunique histoire de George Bush -et les media avalent cette salade. A chaque fois que japparais à la radio ou à la télévision, je ne prive pas de rappeler sa politique dexécutions à la chaine, et à chaque fois, on me traite comme si javais développé le syndrome de Tourette dans une église. Laissez tomber, et on passe à la question suivante.
Pourtant, la dépendance morbide de Bush pour le culte de la mort est intimement lié à tous les aspects importants de ce que lon voudrait appeler "sa politique". Malheureusement, lengagement respectif dun Bill Clinton, dun Al Gore ou dun Bill Bradley pour la même politique favorable à la peine de mort nous empêche de traiter superficiellement d'un sujet, dont l'issue mérite quand même mieux.
© Christopher Hitchens |
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